Aujourd’hui, je donnerai la parole ( « Tu te prends pour le président de séance ?) à … André Gérin –surtout connu pour avoir été l’initiateur de la loi sur (contre) la burqua, mais qui, à l’époque, était porte-parole des députés communistes dans le débat.
( – « Tu la joues à quatre contre un ! Ce n’est pas très équilibré ! N.Sarkozy d’un côté, N.Mamère, J.Dray, C.Taubira, A.Gerin de l’autre !)
Si l’on veut. Mais
1) il faut voir que N.Sarkozy est maître du jeu, qu’il use et abuse de cette position dominante, mettant la droite dans une espèce de transe émancipatrice ( « Puisque notre parole est redevenue libre …» rétro-débat sécurité (1) ) ;
2) reconnaissons que çà fait plaisir d’entendre ( de ré-entendre) certaines explications qui remettent notre homme à sa place … et de savoir que ces choses ont été dites – « en notre nom » – dans l’enceinte de l’Assemblée ;
3) nos quatre hérauts – ou « porte-voix « – ne disent pas exactement la même chose. Le débat d’Assemblée, c’est une partition à plusieurs voix ( c’est normal, puisque nous sommes « plusieurs » !) et ce n’est pas peine perdue que d’écouter ces variations.
Tout çà pour dire que André Gérin va parler à partir de son expérience de maire de Venissieux et qu’une grande partie de son intervention va porter sur l’attitude à avoir face aux « jeunes des banlieues » Elle se terminera ( du moins l’extrait ici reproduit) par une sorte de profession de foi ( à moins que ce ne soit simplement un cri du cœur ) : « Nous refusons ce qui divise, ce qui méprise, et fait grandir les tensions, les injustices, les inégalités. […] Nous disons non au baston pour les petites gens, non à la prison pour nos gamins. »
« – A.Gerin. Comme je l’ai toujours dit, comme je le redis aujourd’hui et comme je le redirai … [Interruptions.] il faut combattre sans complaisance ce qui pourrit la vie. […] Les ministres de l’intérieur successifs peuvent toujours se vanter de tenir en échec l’insécurité. Les causes de l’insécurité sont si bien articulées à la logique d’une société individualiste, marchande et technocrate, tombée sous la coupe de la loi du marché, de la marchandisation de la consommation comme de la vie sociale, que trouver un remède signifierait changer la société.
Il faut se défaire de la pensée qui voit dans la délinquance une fatalité. Baisser les bras serait funeste pour la société. Il faut fournir des réponses à court terme. La répression est nécessaire pour affirmer les valeurs qui doivent prévaloir. La prévention est indispensable. La réduction de la délinquance passe également par une politique de santé publique.
[…]
Faute d’avoir su empêcher la constitution de quartiers défavorisés, en France comme en Europe, les gouvernants ont contribué à faire perdre sa crédibilité à la justice et à la police.
La position nouvelle des jeunes dans la société, tout à la fois en échec scolaire et au chômage, a envenimé les choses. Sur cette situation se sont greffées des tensions ethniques, fruit de l’histoire de la France, du renouveau des identités autres que nationales à travers toute l’Europe, et de l’intégration économique.
[…]
Si les jeunes des banlieues sont perçus comme des classes dangereuses, des barbares aux portes de la ville, retournés à l’état de nature ou presque – d’où le succès dans l’opinion du thème de la violence des très jeunes -, s’ils semblent constituer une menace pour les braves gens et les quartiers paisibles, que ceux-ci soient ceux du centre-ville, d’une ville centre ou encore situés au sein même des banlieues, comme on dit, « à problèmes« , c’est au terme de processus dont ils sont bien peu les maîtres.
En amont, la colère, l’insécurité, les incivilités ou la violence émeutière sont en effet façonnées par l’égoïsme, par les pratiques de ceux qui entendent se débarrasser de ce que l’on appelle parfois des classes » inutile » en les propulsant au plus loin, grâce à un habitat séparé et à des transports publics les tenant à distance, sans parler de la discrimination dans l’emploi.
Les violences juvéniles comportent des éléments de réponse à une violence subie, faite de mépris, d’ignorance, de stigmatisation et lourde de ségrégation. Et si elles sont le produit direct du changement social et de l’accroissement des inégalités, elles en sont également le fruit indirect : dans les milieux populaires, les plus affectés par la crise économique, la précarité et le chômage, les relations intrafamiliales se dégradent, les mères deviennent dépressives ou irritables, il se développe chez les jeunes une culture d’agressivité, voire des tendances à la paranoïa procédant d’une faible estime de soi. Là où la société industrielle accordait le respect aux familles ouvrières, l’exclusion façonne une culture où les plus démunis sont davantage considérés avec mépris et dans laquelle les perdants ont recours plus qu’avant à la violence.
[…]
Nul ne conteste que la répression s’impose alors que la loi de la jungle prévaut dans certains quartiers. Il est impératif d’investir pour prévenir de futures dégradations. Cela a un coût mais c’est indispensable si nous voulons prendre les problèmes à bras-le-corps avec détermination et persévérance. Les autorités publiques ont le devoir d’articuler deux nécessités, celle du maintien de l’ordre et celle de la médiation. Comment faire pour sanctionner les dérapages de certains auteurs et leur donner des raisons d’espérer en la vie ?
C’est par les réponses à ce questionnement que passe l’idéal républicain de toute la société. Or une société comme la nôtre ne peut exister que par le sentiment d’appartenance à une même communauté, avec les valeurs de la République en partage. Avec ce texte, nous sommes à des années lumière de l’idéal républicain.
– G.Léonard. Non, au contraire ! […]
– A.Gerin. Nous refusons ce qui divise, ce qui méprise, et fait grandir les tensions, les injustices, les inégalités . […] Nous disons non au baston pour les petites gens, non à la prison pour nos gamins. »(Exclamations sur les bancs de l’UMP.)
Texte intégral
http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2001-2002-extra/20021007.asp#PG2