Le ministre (N.Sarkozy) :
« Je veux dire qu’il est aussi inutile qu’absurde d’essayer d’opposer la répression et la prévention. Les deux sont naturellement nécessaires, indissociables, complémentaires. »
à l’en croire, « nous serions tous d’accord » … C’est un texte qui n’est « ni de droite ni de gauche » … C’est une affaire de « bon sens » …. Il n’y aurait donc pas besoin de débattre ?.
Tel n’est pas l’avis de V.Lurel (PS/ à propos du débat à venir sur la justice) :
« Il manque actuellement dans ce projet une charpente faite de prévention, d’éducation et de répression portant ainsi un édifice plus harmonieux. Ce texte eût gagné considérablement à mieux marcher sur ses deux jambes, prévention et répression. »
« Mieux marcher sur ses deux jambes » …
On peut rêver d’une marche harmonieuse combinant à la perfection muscles et cerveau. Une marche sans effort. Une marche qui va de soi.
Tel n’est pas le pas du politique (et le nôtre, non plus). C’est un pas hésitant, irrégulier. Un pas qui se cherche … et qui ne se trouve que dans le déséquilibre.
Car, justement, l’équilibre consiste à «retomber sur ses (deux) jambes» après que l’une d’elles a été – volontairement – placée en déséquilibre.
C’est ce que j’appelle le « point DELTA » ( « Delta » comme « D ». … « D » comme « démocratie »).
Deux exemples de ce déséquilibre (nécessaire ?) : le débat sur la police de proximité / la politique de prévention menée par la gauche vue par la droite (« Et plus on dépensait d’argent en faveur de la prévention, plus la délinquance montait. » … une nouvelle version des Shadocks ?
Police de proximité
Les mots sont trompeurs. Droite et gauche emploient souvent les mêmes, mais pas dans le même contexte, pas dans le même ordre et, en définitive pas dans le même sens. Attention donc : un mot peut en cacher un autre.
Ainsi en est-il de l’expression : «police de proximité».
Le concept a été – abondamment – développé par la gauche sous la précédente législature. C.Caresche propose, au nom des socialistes, un amendement de « consolidation » de la « police de proximité » :
« -C.Caresche. Cet amendement concerne la consolidation de la police de proximité.
Je suis bien conscient que notre travail de ces dernières années est inachevé, que toutes les questions n’ont pas été réglées, mais des choses ont été faites, notamment en matière de police de proximité […]
Il importe d’affirmer clairement que la police de proximité doit non seulement être consolidée – cela figure dans le texte -, mais encore se trouver au cœur de la politique de sécurité.
[…]
– Le président.Quel est l’avis de la commission ?
– Le rapporteur (C.Estrosi). Comment voulez-vous que l’on inscrive dans ce texte de loi une philosophie d’hier, alors que nous sommes en train d’écrire la philosophie de demain ? (Exclamations sur les bancs du PS).- J.P.Blazy. Nous ne parlons pas de philosophie !
– Le rapporteur. Vous m’offrez l’occasion de dire que nous n’avons pas la même conception de la police de proximité.
– J.P.Blazy. Voilà ! C’est ça qui est intéressant !
. – Le rapporteur. La vôtre a donné les résultats catastrophiques que l’on sait.
– J.P.Blazy. Mais non !
– Le rapporteur. Partout où vous avez organisé la police de proximité aux dépens de l’action judiciaire, de la présence nocturne des forces de police, l’insécurité et la délinquance n’ont cessé d’augmenter.
– J.P.Blazy. C’est totalement faux !
– Le rapporteur. Avec ce texte, il n’est évidemment pas question de remettre en cause la notion de police de proximité, bien au contraire. Notre philosophie consiste à lui donner des missions d’action là où vous vous êtes contentés de lui donner des missions de politesse. (Protestations sur les bancs du PS et du PCF.)
– J.P.Blazy. Vous dites n’importe quoi ! »
Gérard Léonard [UMP] revient sur ce qu’il considère, lui aussi, comme un échec de la gauche.« – G.Leonard.La première de ces conséquences, c’est que l’on a déséquilibré les actions des forces de sécurité au détriment des forces chargées des investigations, ce qui a d’ailleurs eu pour résultat de faire diminuer de façon très importante le taux d’élucidation.
La police de proximité joue un rôle important en matière de prévention, mais cette prévention doit s’exercer au moment où la délinquance peut se produire. Or, pour l’essentiel, elle a fonctionné pendant les jours ouvrables, aux heures ouvrables, c’est-à-dire au moment où les délinquants étaient en train de faire la sieste, de se reposer, et les agents de la police de proximité rentraient chez eux au moment où les délinquants regagnaient la voie publique. Voilà la réalité !
– J.P.Blazy. Quelle caricature ! C’est lamentable ! »
« Et plus on dépensait d’argent en faveur de la prévention,
plus la délinquance montait. »
( une nouvelle version des Shadocks ?)
« – Le rapporteur. Vous avez d’abord défendu, dans les années 1980, la conception selon laquelle la délinquance était un phénomène d’origine économique. Il suffisait de lutter contre le chômage pour régler le problème de la délinquance.
– J.P.Blazy et C.Caresche. Nous n’avons jamais dit cela !
– J.Masdeus-Arus. Mais si !
– J.Dray. Mais M. Raffarin le dit, lui !
– Le rapporteur. Avec le retour de la croissance, entre 1997 et 1999, le chômage a chuté de 30 %,…
– C.Caresche. Oui ! Grâce au mouvement Jospin !
– Le rapporteur. … mais la délinquance, de façon inversement proportionnelle, a augmenté à peu près d’autant. (Protestations sur les bancs du PS. – « C’est vrai ! » sur les bancs de l’UMP.)
– J.Dray. Non ! C’est seulement à partir de 1999 qu’elle s’est accrue !
– Le rapporteur. Les courbes se sont croisées. Et qu’avez-vous dit alors ? » Surtout pas de répression ! » . Le mot » répression » a été un mot tabou dans votre langage et dans votre discours pendant près de quinze ans. (Mêmes mouvements.)
– J.Dray. Caricature !
– Le rapporteur. Il ne fallait parler que de prévention.
– J.Dray. C’est pour le Journal officiel ça !
– Le rapporteur. On a dépensé des milliards de francs pour la prévention, notamment dans le cadre de la politique de la ville. Multiplication des emplois d’éducateurs, leçons de karaté, d’arts martiaux, lutte contre l’illettrisme, action culturelle, sociale, voyages à l’étranger, séjours à la montagne, vacances à la mer,…
– J.Dray. Oui !
– Le rapporteur. … bref, tout ce qui fallait. Et plus on dépensait d’argent en faveur de la prévention, plus la délinquance montait. (Exclamations sur les bancs du PS.)
– M.Le Fur. Très juste !
– Le rapporteur. Si l’on avait mieux réparti, mieux équilibré les efforts entre la prévention et la répression, sans doute les mêmes sommes investies auraient-elles donné des résultats plus conformes à nos espérances. «
Faut-il absolument passer par de tels « déséquilibres » – je parle ici des mots et non de la réalité qu’ils recouvrent – pour trouver le fameux « point Delta » ?
Peu de débats permettent – par la vertu même du débat – d’atteindre ce « point d‘équilibre », qui n’est jamais donné une fois pour toutes, qui n’est jamais le même, qui ne correspond jamais à la même posture.
Alors, c’est l’alternance qui sert de substitut … ce qui aggrave encore la caractère saccadé de la marche, le caractère chaotique du débat.