7. « l’humanisme atavique de la gauche » (MARIANI)

Quand C. Caresche propose dans un amendement,  d’inscrire à l’ordre du jour, « dans les mois qui viennent », un « projet de loi d’orientation et de programmation sur la prévention » », il se heurte à une vive réaction du rapporteur.
Et cela alors même que tous les orateurs n’ont cessé de proclamer qu’il fallait « une approche équilibrée des problèmes d’insécurité, liant la répression, la sanction et la prévention ».
Parce que – nous explique T. Mariani – la gauche, victime d’un « humanisme atavique », refuserait de reconnaître la responsabilité des délinquants.

L’humanisme aurait-il changé de camp ?

« – T.Mariani. Que des conditions de vie précaires favorisent la déviance de certains, nous sommes tous d’accord pour le reconnaître. Mais l’explication doit-elle pour autant équivaloir à une absolution, comme vous l’avez cru pendant des années ? Certainement pas.
    Expliquer en vue de rechercher une réponse adaptée, soit. Mais expliquer pour disculper et excuser comme vous l’avez fait depuis 1997, cela n’est même pas concevable.

– D.Vaillant. Ce n’est pas vrai !
– T.Mariani. Ce n’est pas parce que la société va mal que cela donne le droit de saccager, de brûler ou de voler. Est-ce cela la liberté ?
– P.Braouezec. Personne n’a dit cela !
– T.Mariani. Laisser se développer un tel état d’esprit, cela n’a rien à voir avec l’humanisme, mais cela reflète bien le laxisme et la démission dont a fait preuve la gauche face à la montée de l’insécurité. »

Pour T. Mariani, l’humanisme n’est pas du côté que l’on croit : il a changé de camp.

– T.Mariani. Nous avons pourtant pu lire et entendre, dans la presse et lors des auditions de ces derniers jours, des critiques selon lesquelles la démarche de la majorité serait dénuée de tout humanisme et consisterait en fait à s’attaquer aux plus faibles. Il y a quelques instants encore, nous entendions une élue de l’opposition parler de projet liberticide.
    Au-delà de votre vision réductrice et caricaturale qui élude les trois quarts de ce projet de loi, au-delà de vos discours grandiloquents, mesdames et messieurs les représentants de la majorité d’hier, demandez à nos concitoyens de quel côté se trouvent l’humanisme et la liberté.

– J.L.Idiart. Occupez-vous de vos affaires !
– T.Mariani. L’humanisme : est-ce cet atavisme qui caractérise si bien la gauche et qui consiste à expliquer que des délinquants, dont les actes délictueux sont dictés par la révolte que leur inspirent les injustices de ce monde, sont finalement les véritables victimes de la société ?
– D.Vaillant et J.C.Viollet. Non ! »

N.Sarkozy, quant à lui, prend l’exemple de l’absentéisme scolaire pour expliquer en quoi consiste l’humanisme de la droite.

« – Le ministre. J’aimerais que l’on m’explique pourquoi, dans un pays où l’école est obligatoire jusqu’à seize ans, l’on devrait accepter que des enfants de douze ans soient déscolarisés. (Applaudissements sur plusieurs bancs de l’UMP et de l’UDF.)
– P.Briand. Très bien !
– Le ministre. J’ai entendu affirmer que les familles n’étaient pas responsables. D’autres ont dit que c’était l’école qui n’y pouvait rien. D’autres encore que État avait perdu tout moyen d’agir. Je connais bien ces chansons. Elles ont toutes le même fondement : l’impuissance.
    Nous voulons faire l’inverse en responsabilisant chacun, non pas pour accuser, mais pour que chacun se ressaisisse, que tout n’aille pas à vau-l’eau et que, en définitive, les mineurs les plus menacés, les plus exposés, soient défendus, secourus, aidés, même si cela doit parfois se faire contre leur gré. Que peut bien penser un gosse de douze ans qui ne va plus à l’école depuis des mois ? Nous n’avons pas à lui demander son avis : l’école est obligatoire aussi pour lui !
(Vifs applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)
– J.Myard. Ça fait du bien d’entendre ça ! » 

Haro contre les « professionnels des droits de l’homme »

L’humanisme de la droite n’a rien à voir avec celui des « professionnels des droits de l’homme » – ceux qu’en d’autres lieux, N.Sarkozy appellera les « droits-de-l’hommistes ».

– Le ministre. Qui pourrait nous reprocher notre ambition de répondre à l’inquiétude des plus modestes ? Certainement pas ceux à qui leurs privilèges permettent d’échapper à un quotidien fait d’insécurité ! Encore moins ceux qui miseraient sur une nouvelle dégradation de la situation, laquelle redonnerait une nouvelle fois des couleurs à l’extrémisme. Pas davantage ceux qui, depuis trop longtemps, ont oublié que les droits de l’homme étaient aussi, sinon d’abord, ceux de la victime. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)
    Leurs critiques, mesdames et messieurs les députés, ne m’impressionnent nullement car elles sont la marque d’une impuissance qui a fait des ravages dans le passé. […]
    J’ai entendu des critiques venant de professionnels des droits de l’homme, m’accusant de vouloir  « mater des populations rebelles en raison même de leur précarité ». Je le dis du haut de cette tribune : cette accusation est honteuse,…

– P.Lellouche. Scandaleuse !
-R.Cazenave. Minable !
– Le ministre.  … précisément parce qu’elle fait un amalgame honteux entre délinquance et précarité.
– X.de Roux. Bravo ! »

le « premier » des droits de l’homme, c’est la « sécurité »

Pour la droite, le « premier » des droits de l’homme, c’est la « sécurité ».
( Notons au passage le glissement de vocabulaire de « sûreté » – terme figurant dans la Déclaration – à « sécurité ».

« – J.C.Lagarde. Et puis vous venez de parler de démocratie des droits de l’homme qui serait mise à mal. La seule chose qui soit réellement mise à mal pour l’instant dans ces quartiers, et j’en ai quelques-uns dans ma commune, c’est justement le droit de chaque citoyen à vivre dignement en sachant qu’il sera respecté, que sa famille le sera et qu’il pourra rentrer chez lui en toute sécurité .»

« – C.Vanneste. Précisément, la grande nouveauté de ce texte, monsieur le ministre, c’est que, vous, vous savez où vous voulez aller, quel ennemi vous combattez. Nous vous aiderons à atteindre votre objectif.
    Cet objectif est avant tout de rétablir la réalité des droits de l’homme, comme la liberté d’aller et de venir. »

« – G.Léonard. La sécurité est à la racine même du pacte républicain. Elle est la condition essentielle à la réalisation des trois grands principes qui la fondent : la liberté, l’égalité, la fraternité.
    L’insécurité est toujours réductrice de liberté.
    Inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la « sûreté«  – terme utilisé à l’époque – est la première de nos libertés : liberté d’aller et venir en toute tranquillité, de disposer de ses biens et d’être respecté dans son intégrité et sa dignité.
    L’insécurité est aussi source d’inégalité : les plus faibles, les plus vulnérables, les plus défavorisés en sont les premières victimes. La loi du plus fort, du plus violent, s’impose au détriment de la loi pour tous.
    Enfin, l’insécurité détruit l’exigence de fraternité. Le respect de l’autre, de la différence, des femmes, des personnes âgées est le signe tangible d’une société qui se veut fraternelle. La peur des agressions de toutes sortes engendre le repli sur soi et affaiblit les relations humaines d’écoute et d’entraide.
    Par conséquent, toute atteinte à l’intégrité des personnes et des biens constitue une véritable violation des lois fondamentales de la République.
 »
    CQFD !

protéger « les plus modestes, les plus exposés, les plus fragiles »

Parce qu’elle se place du côté des victimes – c’est-à-dire de  ceux qui ne peuvent bénéficier de cette sécurité –  parce que son action vise à protéger ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger tout seuls, la droite affirme reprendre le flambeau des droits de l’homme.

« – Le ministre. Vivre avec, au quotidien, la peur pour soi-même ou ceux qui vous sont chers, ce n’est pas vivre libre.
– A.Marsaud et F.Sauvadet. Très bien !
– Le ministre.  Nous ne voulons ni stabiliser la progression de la délinquance, ni l’accompagner, mais bien casser cette progression et faire reculer la délinquance durablement. L’insécurité rend d’abord la vie impossible à nos compatriotes les plus modestes, les plus exposés, les plus fragiles. C’est pour eux, en tout premier lieu, que nous nous devons d’agir.
– P.Lellouche. Très bien !
– Le ministre. Ce sont bien eux qui ont besoin que État retrouve sa place, joue son rôle, et assume ses responsabilités. Car s’il est défaillant, ils n’ont aucun autre moyen de se protéger et de se défendre ». (Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)

 [Plus tard dans le débat.]
« – Le ministre. Nous voulons que les gens les plus modestes aient le même droit à la sécurité que les gens les plus aisés. Il est vrai que, pour certains, cette approche est une hérésie. Elle va les priver d’un fonds de commerce traditionnel qui est l’explication de la délinquance par la précarité, et finalement sa justification.Bravo ! » et applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)
– J.Myard. Eh oui ! Là, ils ne rigolent pas ! »