Première station : où le citoyen récalcitrant refuse de faire ce qu’on attend de lui
Deuxième station : où les députés sont tentés de faire comme s’il ne s’était rien passé … et s’enferment dans la politique politicienne
Troisième station : où les députés se livrent à une partie de yo-yo pour savoir à qui c’est la faute
Quatrième station : où il est dit que c’est la faute au système ( alternance, cohabitation, régime des partis …)
Cinquième station : où il est dit que c’est la faute aux hommes politiques et à leur comportement ( irresponsabilité, démagogie, électoralisme …)
Sixième station : Où droite et gauche s’attachent à décrypter le « message du 21 avril, afin de savoir si c’est d’insécurité qu’il s’agit, si c’est seulement d’insécurité … et de quel type d’insécurité
Septième station : où il est dit qu’il n’y a pas de fatalité, qu’il suffit de vouloir … et de tenir les engagements qu’on a pris
Huitième station : où il est dit que la solution consiste à relancer la démocratie, que d’aucuns veulent « sociale », d’autres « participative »
Neuvième station : où il est dit que le service civique serait le meilleur moyen de remédier à la « crise des valeurs »
Dixième station : où il est question, pour conjurer le mal civique, de reconnaître le vote blanc.
Onzième station : où il est dit que la démocratie n’est pas ( pas seulement) un « Meccano institutionnel » … ni « un long fleuve tranquille » !
Douzième station : où il est dit que pour remettre la démocratie sur ses rails, il faut faire du Parlement un véritable lieu de débat.
Treizième station : où il est question de liens qui se font et se défont … de réconciliations nécessaires et jamais définitives…
Quatorzième station : où, après la mise au tombeau ( de la démocratie »), il est question de « résurrection » … et de « printemps électoral »
Première station :
où le citoyen récalcitrant refuse de faire ce qu’on attend de lui
Un député dit :
« Ce qui me préoccupe, ce sont les 42 % de gens qui ne sont pas allés voter. C’est cela qui me préoccupe, et singulièrement.
Je suis tout aussi préoccupé par ces gens qui ne croient plus en rien et qui ont voté Front national. »
« Ce sont les électeurs qui décident ! » et, nous députés, nous sommes « un jour dans l’opposition, le lendemain dans la majorité.»… « Ainsi va la démocratie !» ….
Mais il arrive que l’électeur « se rebelle » … qu’il « zappe » … qu’il « boude » … qu’il refuse de « prendre le chemin des urnes » … qu’il se réfugie dans le « non-choix » … renvoyant dos à dos ceux qui prétendent le «représenter»…
.. Alors …
… c’est la « panne de la démocratie » …
Et c’est ainsi que « le 21 avril nous a explosé à la figure ».
« Avec près de 20 % des électeurs votant pour l’extrême droite, 30 % d’abstentionnistes, le rejet des candidats des partis de gouvernement, 19 % pour le président sortant, 16 % pour le Premier ministre sortant »,
le « 21 avril », ce fut …c’est …… « une crise de confiance » …
… « une crise du pacte républicain » …
… « une crise de la démocratie »…
… « une crise de valeurs » …
… « une crise de la politique » …
… « une crise de la représentation politique » («La crise de la représentation politique nous touche tous. »)
Deuxième station :
où les députés sont tentés de faire comme s’il ne s’était rien passé … et s’enferment dans la politique politicienne
« — Moins d’un Français sur cinq a voté pour votre politique en 2002. (Exclamations à droite.)
— Et pour la vôtre ?
— Je ne le conteste pas. Je sais lire les chiffres.
— Il faut savoir les analyser aussi !.
— Vous, vous avez été éliminés au premier tour !
— Pour nous, c’est encore moins, mais pour vous, c’est moins d’un sur cinq. »
« Par rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 1995, les candidats de la gauche plurielle ont perdu 1,5 million de voix, alors que ceux de la droite parlementaire en ont perdu, eux, 4 millions. »
« — Encore un peu et nous allons refaire les élections présidentielles et législatives !
— Quelle déculottée !
— Après l’élection présidentielle sont intervenues les élections législatives, au cours desquelles les candidats ont pris des engagements devant nos concitoyens. […]
— Oui ! ils sont arrivés montés sur le porte-bagages du Président de la République en se gardant bien d’indiquer pour quoi ils voulaient se faire élire !. […]
— Je veux bien que les gens n’aient pas voulu de nous et que nous n’ayons été élus que par une sorte de génération spontanée, de désir de renouvellement.
Mais il est une certitude : ils ne voulaient plus de vous !
De grâce, ne refaisons donc pas les élections ! »
Troisième station :
où les députés se livrent à une partie de yo-yo pour savoir à qui c’est la faute
-« — Et si vous êtes fiers du score de Jacques Chirac au premier tour, c’est que vous n’avez rien compris à ce qui s’est passé le 21 avril.
— Et le score de Jospin ?
— Mais je n’en suis pas fier ! Évidemment ! Mais c’est bien là le cœur de la crise !
— Cessez de battre votre coulpe sur la poitrine des autres ! »
« — Quand, mesdames et messieurs les députés de gauche, accepterez-vous de tirer les leçons du 21 avril (Protestations à gauche.)…
— Vous y avez une bonne part de responsabilité.
— … et vous préoccuperez-vous enfin des attentes des Français ? (Applaudissements à droite – Protestations à gauche.) »
« — Chers collègues socialistes, en promettant, vous faites des amalgames. En faisant des amalgames, vous construisez des mécontents. Lorsque vous construisez des mécontents, c’est la spirale de l’adhésion et du vote extrémistes qui se met en place.
C’est ce que nous avons eu la tristesse de vivre le 21 avril .! »
« — En réalité vous voulez masquer votre incapacité chronique de ces dernières années à résoudre la question de l’intégration des étrangers demeurant sur notre sol. […]
En tenant ce genre de discours irresponsable, vous continuez, aujourd’hui comme hier, à faire le lit du Front national. Le 21 avril ne vous aura donc rien appris ! … (Exclamations à gauche.) »
« — Nous le savons bien : le Front national est l’enfant illégitime de la gauche. (Exclamations à gauche.) »
« Il est particulièrement amer, mesdames et messieurs les députés de droite, de vous entendre vous référer au 21 avril alors que ce sont précisément [vos] lois de destruction sociale, d’introduction d’inégalités entre l’ensemble des citoyens qui engendrent la désespérance et qui créent les situations comme celle que nous avons vécue le 21 avril . »
Quatrième station :
où il est dit que c’est la faute au système
( alternance, cohabitation, régime des partis …)
Retour sur la dernière élection présidentielle :
« —[ La dernière élection présidentielle], nul ici n’a de raison de [s’en] réjouir, tant elle a été mal acquise (Protestations à droite.– Applaudissements à gauche.)
— Monsieur M., j’ai été choqué par vos propos sur l’élection du Président de la République, qui serait « mal acquise » .
— Mais c’est vrai !
— Lorsqu’on a été confronté à un choix aussi clair et à des enjeux aussi lourds pour l’avenir même de la démocratie, on doit se réjouir que la démocratie ait gagné. (Applaudissements à droite.)
On doit se réjouir de l’élection d’un Président de la République qui a incarné le respect des valeurs de la République.
— C’est nous qui avons fait campagne contre l’extrême droite ! »
«– Si 82,5 % des Français venant de tous les bords, de droite, du centre et de gauche ont voté pour Jacques Chirac le 5 mai …
s’ils vous ont donné une aussi large majorité en juin, au point que votre parti a plus de pouvoir qu’aucun autre parti n’en a jamais eu sous la République, ce n’était pas pour amoindrir la démocratie, c’était pour la renforcer !
Vous n’avez pas été élus pour mettre en place l’État UMP.
Vous n’avez pas été élus pour faire de la République l’instrument d’un parti, vous avez été élus pour mettre la République au-dessus des partis.
[…]
— Mais nous n’avons pas été élus non plus pour le retour du régime des partis. » [le Premier ministre, J.P.RAFFARIN en réponse à F.BAYROU.]
Et, en remontant plus avant dans le temps :
« — Nombre de nos concitoyens ne sont plus volontaires pour participer à cet acte civique qu’est le vote.
La conséquence, vous la connaissez : l’alternance politique est de plus en plus fréquente et les cycles d’alternance ont une durée de trois à cinq ans.
Depuis 1978, aucune majorité sortante n’a été reconduite, ce qui montre l’affaiblissement du socle de nos institutions et du degré de confiance que leur accordent les Français. »
« Les gouvernements changent, les présidents et les rapporteurs de la commission des finances changent, mais les discours demeurent les mêmes et c’est bien le malheur, qui fait que les citoyennes et les citoyens ne croient plus personne et s’abstiennent ! »
« Si nous prenons prétexte de la complexité pour ne rien faire, il ne faudra pas s’étonner, que les alternances étant moins crédibles, un sentiment de désespérance s’installe dans le pays. »
Cinquième station :
où il est dit que c’est la faute aux hommes politiques
et à leur comportement
( irresponsabilité, démagogie, électoralisme …)
« Cette réforme [ il est question de supprimer l’amnistie présidentielle], est souhaitable, mais suicidaire. Celui qui le fait sera battu. Qui osera se lancer ? »
Un député pousse plus loin l’analyse :
« Nous connaissons les causes profondes de la démobilisation de l’électorat, mais je tiens à en souligner deux, qui me paraissent les plus significatives.
La première tient au sentiment qu’ont nos concitoyens d’une relative impuissance du pouvoir politique à agir sur le cours des choses, sur le gouvernement des hommes, c’est-à-dire à changer la société et, à travers elle, leur vie quotidienne. »
… l’« impuissance » du politique …
« Si l’extrême droite est arrivée au second tour de l’élection présidentielle, c’est sans doute aussi parce que les Français ont voulu mettre tous les élus dans le même sac de l’immobilisme, du discours jamais suivi d’effets, de l’intention rarement suivie d’actes. »
« N’oublions pas que, dans le vote du 21 avril, il y avait la sanction de l’incapacité des forces politiques et sociales, républicaines et modérées, à réformer le pays. »
« Des débats de ce genre, nous en avons déjà eu, qui nous ont occupés et qui ont parfois frôlé la crise politique. Mais c’est toujours la même réponse : on n’est jamais au cœur du sujet. Résultat on ne résout jamais rien. Et cela nous amène au 21 avril. »
« Quant à la seconde cause, elle tient au caractère généralement assez démagogique des positions prises depuis ces vingt ou trente dernières années par certains élus qui ont laissé entendre que l’on pouvait changer la vie, le monde, passer de l’ombre à la lumière, alors qu’ils savaient pertinemment qu’ils n’auraient pas les moyens d’agir sur le cours des choses et sur le gouvernement des hommes.
Cette démagogie ambiante n’a fait qu’entretenir la relative méfiance, le scepticisme de nos concitoyens. » [ALBERTINI ]
De « démagogie » effectivement, il est souvent question …
« S’il y a une leçon à tirer des dernières élections, qui ont tout de même été un véritable cataclysme dans le paysage politique, c’est que cette politique de distribution systématique d’aménité sociale, à but principalement électoral, il faut bien le dire, a été sanctionnée sur le plan électoral. Les Français n’ont pas été dupes. »
… mais, le plus souvent, c’est pour dire que c’est l’autre qui est démagogique !
« Chers collègues socialistes, en promettant, vous faites des amalgames. En faisant des amalgames, vous construisez des mécontents. Lorsque vous construisez des mécontents, c’est la spirale de l’adhésion et du vote extrémistes qui se met en place. C’est ce que nous avons eu la tristesse de vivre le 21 avril .! »
« — En matière politique, votre constance est dans l’erreur, dans le choix de solutions de démagogie et de facilité…
— En matière de démagogie, vous, vous avez dix-huit sur vingt ! »
« — Vous êtes des irresponsables et des démagogues. [Vives exclamations à droite.]
— Socialiste et irresponsable, c’est un pléonasme ! [Exclamations à gauche.]
Sixième station :
Où droite et gauche s’attachent à décrypter
le « message du 21 avril,
afin de savoir si c’est d’insécurité qu’il s’agit,
si c’est seulement d’insécurité …
et de quel type d’insécurité
À droite cela donne …
« Monsieur le ministre [ c’est à N.SARKOZY que ce discours s’adresse], vous avez voulu prendre en considération l’appel lancé le 21 avril dernier par tous ces braves gens, ces victimes anonymes, ces Français moyens, qui en ont assez tout simplement d’être oubliés, écrasés, humiliés, qui en ont assez de devoir se contenter d’être les rebuts d’une société trop fière sans doute et quelquefois trop arrogante. »
« — Mes chers amis, j’ai le sentiment en écoutant l’orateur du parti socialiste que vous avez complètement occulté le message du 21 avril. (Exclamations à gauche.)
— Tout à fait !
— Pourtant, ce message était clair. J’ai le sentiment que vous ne l’avez pas entendu, et c’est dommage.
Moins de philosophie et plus de sécurité, c’est ce que les Français attendent !(Applaudissements à droite – Protestations à gauche.) »
« [ Messieurs les socialistes], continuez comme cela, le 21 avril se répétera chaque fois que vous vous présenterez aux élections. Vous n’avez vraiment pas compris la leçon que vous ont administrée les électeurs. »
… et à gauche …
« [Messieurs les députés de droite], vous semblez, être tétanisé par ce que vous pensez être l’attente des Français. »
« Je ne me reconnais pas et je ne reconnais pas dans votre description ces centaines, ces milliers de personnes qui vivent, travaillent et étudient à Saint-Denis.
« Votre but n’est pas de décrire le réel, mais de justifier une ligne politique choisie par avance. […]
Et ce n’est pas faire de la philosophie que de dénoncer ce processus de construction idéologique – dont je ne vous attribue pas la paternité – et qui a abouti à ce que, dans les lieux les plus paisibles de nos campagnes, le vote d’extrême droite ait été aussi fort le 21 avril dernier. »
« Le message des électeurs, et plus largement de nos concitoyens, dont beaucoup ne sont pas allés voter, est complexe.
Or la sécurité semble être devenue l’unique thématique d’action forte de la droite. »
… sans parler de cette intervention à contre-courant qui renvoie à dos responsables de droite et responsables de gauche :
« Et le 21 avril est le produit d’une série de déclarations irresponsables : souvenez-vous des « »mauvaises odeurs » » des immigrés …
… des « bonnes questions » posées par le Front national, même si celui-ci apportait de « mauvaises réponses »…
. … de « l’invasion » des immigrés, de la « misère du monde »
… des « charters », et j’en passe…
Quant au chef de l’État [ Jacques CHIRAC], il a lancé sa campagne en parlant de cette « insécurité croissante, grandissante, espèce de déferlante » »
[ extrait plus long : N.MAMERE
ou
» La lepénisation des esprits » (N.Mamère)
Septième station :
où il est dit qu’il n’y a pas de fatalité,
qu’il suffit de vouloir …
et de tenir les engagements qu’on a pris
« Les Français, le 21 avril dernier, nous ont solennellement sommés d’agir. »
« L’avertissement du 21 avril 2002 nous renvoie tous, quel que soit le niveau de nos responsabilités, à l’impératif d’une action immédiate, claire et massive. »
Nous retrouvons là la rhétorique chère à N.SARKOZY … laquelle trouve un écho plus que favorable auprès de la quasi totalité des députés de droite :
« En contribuant à faire reculer ce sentiment d’impuissance, vous redonnez ses lettres de noblesse à l’action politique. »
«Votre action réhabilite le principe essentiel de l’action politique, qui est de tenir les engagements pris envers le peuple.»
« Votre texte est important et mérite notre adhésion […] parce qu’il constitue le retour du volontarisme en politique. […] Rendre possible ce qui est nécessaire, redonner ainsi à la politique la conduite de notre destin collectif sous le contrôle de nos concitoyens. Telle est l’ambition affichée de ce gouvernement. »
« La seule voie possible, c’est la réforme. Ayons le courage d’engager des réformes. N’en ayons pas peur! C’est probablement l’une des leçons qu’il faut retenir des derniers scrutins électoraux du printemps dernier. […]
Alors, mes chers collègues, n’ayons pas peur d’être audacieux. Je préfère être battu aux élections en ayant réformé le pays, parce que c’est l’intérêt général, que d’être maintenu au pouvoir pour mener une politique du « chien au fil de l’eau » » [Un député UDF]
« Pour ma part, je pense que la seule arme anti-extrémisme est l’affirmation par les républicains de tous bords – et nous le sommes tous – d’idées et d’engagements précis, puis, lorsque ceux-ci ont obtenu la confiance de nos concitoyens, le fait de nous y tenir, de leur donner corps, de les mettre en application et d’en assurer la bonne fin.
A ce moment-là seulement, nous pourrons prétendre que nous avons commencé ce long chemin de croix, qui est celui des démocrates que nous sommes et qui consiste à retrouver la confiance de nos concitoyens. » [Un député UMP.]
[ sur ce thème :
Le respect des engagements est-il la clé de voûte de la démocratie ?
ouretro-débat sécurité (2002-2003) / 01_ « Le temps de la chape de plomb est révolu. » (Sarkozy) ]
Huitième station :
où il est dit que la solution consiste
à relancer la démocratie,
que d’aucuns veulent « sociale »,
d’autres « participative »
« Nous savons tous combien le 21 avril a été le révélateur des crispations qui secouent la France. Notre pays est en mal de dialogue, de lien social et de consensus, grâce auxquels il pourrait évoluer de façon moins conflictuelle et moins saccadée. Il cherche des repères collectifs que les institutions et les pouvoirs traditionnels peinent à susciter.
[…]
Depuis ce 21 avril, une conviction ne me quitte jamais : à condition d’être adaptée, notre démocratie sociale peut être l’instrument d’une nouvelle société française. »
Et F.FILLON [ministre ] d’expliquer en quoi consiste cette « démocratie sociale » qu’il appelle de ses vœux et qui, pense-t-il est en mesure de résoudre les problèmes que le « 21 avril » a mis en évidence.
« [Mon] objectif constant est de responsabiliser les partenaires sociaux, afin de poser progressivement les bases d’une société que nous souhaitons plus participative […], une société qui, à côté d’un État moderne, serait capable de construire par elle-même, et de négocier pour elle-même les conditions du changement. C’est cette société participative qui rénovera les liens de la solidarité, qui les réinventera. »
« Sociale », « participative », la démocratie devient, dans la bouche de J.P.RAFFARIN, la « République des proximités ».
Partant d’un constat partagé…
« Nous avons tous tiré les conséquences du 21 avril : s’il existe un décrochage très net entre la population et les élus, c’est parce que nos concitoyens ne se sentent pas toujours bien représentés, ni intégrés dans les processus de décision. » [ Un député de gauche.]
… J.P. RAFFARIN entreprend de remettre en valeur « l’échelon local », la « France des territoires »
« L’échelon local, c’est, premier étage de la maison France, et les proximités doivent être renforcées. […] Il ne s’agit pas de développer une vision qui consisterait à partager le pouvoir, il s’agit de promouvoir la responsabilité. »
« Autant les partis politiques contribuent évidemment à l’exercice de notre démocratie, autant la France des partis ne doit pas mettre sous tutelle la France des territoires. »
Au passage, on peut constater l’habileté langagière qui consiste à escamoter le 21 avril en faisant miroiter un miraculeux – mais hypothétique – « esprit de mai » :
« A l’origine, il y a le mois de mai 2002, cet esprit de mai qui nous a tous marqués au-delà des clivages politiques, ce constat de blocage, et cette volonté de partage au sein de la République. […] Cet appel formidable à ce que la République fonctionne mieux, soit aujourd’hui davantage partagée, c’est ça l’esprit de mai, c’est là la source de notre réforme [ de la décentralisation ]. »
S.ROYAL, elle aussi, met en avant la démocratie participative comme alternative au « 21 avril » :
« [La] démocratie participative doit permettre, sans doute, de lutter contre l’abstentionnisme, contre le zapping électoral, et de réintroduire du lien civique entre les décideurs et les citoyens associant ceux-ci directement aux décisions qui les concernent. »
Et d’ajouter :
« Les pannes de notre démocratie obligent à un effort d’imagination. »
Neuvième station :
où il est dit que le service civique
serait le meilleur moyen de remédier
à la « crise des valeurs »
Autre produit de l’« imagination » post « 21 avril » ( version socialistes) : le service civique.
« Oui, notre pays est en proie au désarroi. Oui, il a le sentiment que notre modèle républicain se délite. Le 21 avril nous a explosé à la figure, parce que nous n’avons pas su estimer la profondeur de cette crise de valeurs.[…]
Je veux croire que la République a encore quelque chose à dire. Je veux croire qu’elle est encore capable de transmettre ses valeurs. Je veux croire qu’elle continue de porter un projet collectif qui transcende les barrières de classe, de naissance et d’origine.[…]
C’est donc dans cet esprit que le groupe socialiste propose d’instaurer un service civique pour tous les jeunes Français, garçons et filles.[…]
Bien sûr, le service civique ne suffira pas à retisser le lien social […] ; mais c’est un point de départ, un signe fort, un acte de refondation, une volonté de réappropriation de nos valeurs, de façon claire et assumée. […]
Je veux croire, [chers collègues de droite], que, dans ce combat-là, vous serez capables de dépasser les frontières partisanes et de voter avec nous cette proposition de loi qui n’a qu’un seul but : retrouver la République. » [AYRAULT ]
Bien que – là aussi – le constat soit partagé, il n’y aura pas de consensus : la proposition de loi sera rejetée.
[ La députée porte-parole de la droite].
« Mes chers collègues, nous ne pouvons adhérer à la proposition de loi du groupe socialiste qui veut que le service civique pour tous les jeunes soit obligatoire.Le dispositif présente une contrainte bien trop excessive pour emporter l’adhésion des jeunes et de l’ensemble de la population. »
Dixième station :
où il est question,
pour conjurer le mal civique,
de reconnaître le vote blanc.
Cette fois-ci, c’est le groupe UDF qui est à la manœuvre et qui défend une proposition de loi tendant à « reconnaitre le vote blanc.
« Notre démocratie est malade, tout le monde en convient. Toutefois, ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fera tomber la fièvre du malade.
Cela dit, nous estimons que la reconnaissance du vote blanc est un moyen comme un autre de faire participer davantage nos concitoyens à la vie démocratique. »
« Au cœur de cette proposition de loi, on trouve deux idées simples :
la première est que mieux vaut un vote blanc que pas de vote du tout ou qu’un vote extrême.
La deuxième est que la défense du pluralisme passe par la reconnaissance du vote blanc. »
« Un élément essentiel justifie cette proposition de loi : la liberté de choix dont doivent pouvoir bénéficier les électeurs. Il ne faut pas avoir peur de la démocratie, il faut laisser aux électeurs la possibilité de voter comme ils le souhaitent.
Le fait de se rendre dans un isoloir pour déposer un bulletin blanc dans une enveloppe est un acte civique qui mérite d’être reconnu. »
Les arguments peinent à convaincre aussi bien députés de droite que députés de gauche :
« L’affaire du bulletin blanc est l’exemple même de la fausse bonne idée. »
« Se retrancher derrière une reconnaissance du vote blanc comme suffrage exprimé est une forme de démission, c’est tirer un trait définitif sur le combat républicain de la reconquête du citoyen. »
« On sacralise le non-choix et, loin de guider l’électeur vers la citoyenneté, on veut promouvoir, en le caressant dans le sens du poil – je n’irai pas jusqu’à parler de démagogie -, un consumérisme grognon où chacun exprimera plutôt des insatisfactions que des volontés, ne votant pas pour quelque chose ou pour quelqu’un mais pour envoyer des avertissements ou des cartons jaunes tous azimuts ! »
« Voter c’est prendre parti, c’est soutenir et affirmer des convictions. Il appartient à chacun et chacune d’entre nous, en tous cas à nos formations politiques, d’éviter de créer des espèces de consensus mous sur des idées ternes. La pire des choses dans le domaine électoral, c’est, en effet, de ne pas inciter nos concitoyens à prendre parti et à choisir. »
[ voir chronique d’un débat sur le vote blanc :
pour ou contre le vote blanc
ou (site médiapart.fr) :
le vote blanc / rétro-débat [2003] : (1) pour ou contre la reconnaissance [rétro-débat 1]
(2) : « ce n’est pas en cassant le thermomètre … » [rétro-débat 2 ]
Onzième station :
où il est dit que la démocratie n’est pas ( pas seulement)
un « Meccano institutionnel » …
ni « un long fleuve tranquille » !
« Nombre de nos concitoyens ne sont plus volontaires pour participer à cet acte civique qu’est le vote. […] Les signes les plus visibles sont non seulement la montée de l’abstention mais aussi l’accroissement du nombre des votes protestataires, des votes extrémistes.
Un autre signe est le fait de ne pas s’inscrire sur les listes électorales ou de ne pas signaler son changement d’adresse, comme si la politique devait filer devant nous comme un long fleuve tranquille ».
« La démocratie n’est pas seulement un Meccano institutionnel, un assemblage d’institutions, un procédé de répartition des pouvoirs dans les sociétés modernes.
La démocratie est une valeur à cultiver tous les jours, parce que c’est un combat de tous les instants pour que nos concitoyens se sentent acteurs de notre destinée collective et non pas spectateurs passifs de nos débats. »
Qui dit « démocratie » dit « pluralisme » …
« [M.G.BUFFET, porte-parole des députés communistes] La démocratie a besoin de diversité, de convictions, de débats d’idées, de confrontations… Les systèmes faits d’uniformité, d’unicité, de parti unique ou de deux partis dominants n’ont jamais produit d’avancées de civilisation. (Rires et exclamations sur les bancs de l’UMP.)
… mais le pluralisme va-t-il jusqu’à offrir au Front national la possibilité d’avoir des députés ?
« [La même]. Vous utilisez l’argument du risque que représente le Front national. C’est un sujet grave. D’autres, hélas ! s’en sont servi à d’autres époques. L’extrême droite, c’est le rejet de l’autre, l’autoritarisme, le racisme, la violence. Pourtant, votre loi n’empêche pas que soient élus ses représentants. Et elle ne peut en rien combattre ses idées.
Ce qui fait reculer l’extrême droite, c’est la démocratie, le progrès social, la coopération entre les peuples. (Applaudissements sur les bancs du groupe des député-e-s communistes et républicains.) Or vous n’y travaillez pas et, hélas ! l’extrême droite n’a pas besoin d’être dans l’hémicycle pour que ses idées soient recyclées. »
F.BAYROU – à l’époque, président du groupe UDF – pense, quant à lui, que, s’il y avait eu des députés du Front national, il n’y aurait peut-être pas eu de « 21 avril »
« L’arme pour combattre l’extrémisme, c’est la démocratie. Ce n’est donc pas par un déni de démocratie qu’on le fera reculer ; c’est, au contraire, par une démocratie exempte de toute manœuvre.
Ce n’est pas en éliminant le Front national de la représentation qu’on le fait disparaître du pays, au contraire. Je plaide pour un combat à visage découvert, pour l’exemplarité des démocrates. Le Front national est exclu de cette assemblée, comme d’autres courants en sont exclus, depuis bientôt quinze ans.
Croyez-vous que, pour autant, il ait régressé dans le pays ? (Applaudissements sur plusieurs bancs de l’UDF ). Sa représentation minoritaire aurait évité que le 21 avril apparaisse comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. »
Douzième station :
où il est dit que pour remettre la démocratie sur ses rails,
il faut faire du Parlement un véritable lieu de débat.
« J’insiste pour dire que nous ne pourrons pas donner au pays une image responsable et adulte, conforme à la démocratie.[…] Si nous ne savons pas nous donner un minimum de discipline, il arrivera un jour où nous serons tous sanctionnés. »
« C’est le choc entre ce que la France devrait être et ce qu’elle est réellement qui explique, en réalité, l’implosion du 21 avril. A cette époque-là, la majorité c’était vous, mesdames, messieurs de l’opposition. Et à cette époque-là, les responsables, c’était vous ! …
Les accusations perpétuelles d’un camp contre l’autre, nous devrions donc essayer de les modérer. »
« — Au lieu de nous rejeter mutuellement les responsabilités, regardons la situation et réfléchissons ensemble – je m’adresse là aux démocrates – sur ses causes. »
« Je suis certaine que c’est par un vrai débat démocratique que nous pourrons réconcilier les Français avec la politique et renforcer les principes républicains auxquels nous sommes tous très attachés. »
Seulement, voilà : pour qu’il y ait débat … il faut qu’il y ait alternative … et que la majorité – qui a la faculté d’imposer « sa » loi ne prétende pas que la solution qu’elle a choisi est la seule possible.
Un député de la majorité :
« Aujourd’hui le texte que vous nous proposez [ à propos de la sécurité], monsieur le ministre, est à la hauteur de l’objectif que nous nous sommes fixé. Il n’est ni de droite ni de gauche [ un député de l’opposition : « Ah bon ! » ] car il correspond à l’attente de tous les Français. »
« — Un député de la majorité. Cette réforme qui n’a que trop attendu est une réforme partagée autour d’un objectif consensuel : sauver nos retraites par répartition.
C’est donc bien du ciment de notre nation qu’il s’agit. [Et il] n’y a pas de réforme alternative possible.
— Un député de l’opposition. Vous savez donc très bien que le discours selon lequel la droite et la gauche, c’est pareil, qu’il n’y aurait pas de politique alternative, qu’il n’y aurait qu’une politique possible, qu’il n’y aurait qu’une réforme possible – la vôtre -, fait le jeu des extrêmes et de l’abstention ! (Exclamations à droite.)
— Un autre député de la majorité. Mais il n’y a pas de projet alternatif !
— Le député de l’opposition. Quand on raconte à la France entière qu’une seule solution est possible, pourquoi voulez-vous que nos concitoyens aillent voter ? Pourquoi voulez-vous qu’ils se réfugient dans autre chose que l’abstention ou qu’ils votent pour d’autres candidats que ceux des extrêmes ? La réalité, c’est qu’il existe deux projets ! Quand accepterez-vous une confrontation des projets pour nourrir le débat démocratique, ? » [GLAVANY ]
Treizième station :
où il est question de liens qui se font et se défont …
de réconciliations nécessaires et jamais définitives…
« La démocratie n’est forte que si un lien direct s’installe dans des circonscriptions clairement définies entre le mandant et son représentant. »
« La représentation des électeurs doit se concevoir comme la création d’un véritable lien avec l’élu. Celui-ci n’est pas un numéro sur une liste, mais une femme ou un homme qui, quel que soit son mandat, représente des mandants et leur rend des comptes sur son action. »
Or, avec le « 21 avril , il n’est question que …
… de « crise de confiance »
… de « désaffection civique »… ( « je t’aime, moi non plus ! » [iv])… de « sentiment de révolte à l’égard des politiques » …
… de « sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics. » …
… de « décrochage très net entre la population et les élus » …
… d’un « fossé » ( « entre les citoyens et les élus » … « entre les citoyens et la représentation nationale ») …
« Les Français se sont sentis coupés de la politique.»
« Nos concitoyens ne comprennent plus ce que nous entendons par « République« , ils ne croient plus en la capacité du politique d’apporter des réponses à leurs problèmes. »
Lors donc, il n’est rien de plus urgent que de « remettre », de « réintroduire », de « reconstruire » du « lien » là où il n’y en a plus, de faire que tienne ensemble ce qui est désuni, désassemblé …
En d’autres termes, de « ré-concilier ».
« Aujourd’hui, c’est de réconciliation entre les Français et leurs élus politiques et syndicaux qu’il s’agit. »
« Nombre de nos compatriotes attendent qu’il soit fait preuve de courage. […] Ce n’est qu’à ce prix et qu’en respectant cette exigence que nos concitoyens se réconcilieront avec leurs institutions. »
« Je suis certaine que c’est par un vrai débat démocratique que nous pourrons réconcilier les Français avec la politique. » [RAPPEL]
Mais il ne saurait s’agir d’une affaire qui se réglerait simplement entre l’élu et l’électeur.
Le « lien » dont il s’agit c’est aussi – et surtout – …
… qu’on l’appelle « vivre ensemble » « destin collectif » … « cohésion sociale » … « contrat social » … « intérêt général « ( « la dernière attache qui relie les Français à la République»)…
… c’est aussi – et surtout – … le « lien social » …
« Bien sûr, le service civique ne suffira pas à retisser le lien social » [RAPPEL]
« Notre pays est en mal de dialogue, de lien social et de consensus. » [idem.]
« Le 21 avril, c’est la révélation du délitement avancé de notre lien social. »
En conséquence de quoi …
« Pour répondre à cette crise, il nous faut […], redonner du sens à notre pacte républicain. »
… et « redonner du sens à notre pacte républicain », c’est …
… agir d’abord pour l’habitat en cassant les ghettos sociaux, en cassant la terrible ségrégation sociale, territoriale, ethnique qui déstructure notre société …
… redonner la priorité à l’éducation …
… réussir le défi de l’intégration …
… garantir l’exercice des solidarités, lutter en faveur de la justice sociale, agir contre le chômage, qui brise le pacte social….
… défendre les services publics… » [VALLS]
Quatorzième station :
où, après la mise au tombeau ( de la démocratie »),
il est question de « résurrection » …
et de « printemps électoral »
Et M.VALLS de poursuivre :
« Notre pays a précisément besoin [ …] d’un élan nouveau et puissant pour redonner du sens à notre pacte républicain, au « vivre ensemble« . […]»
Nous ne pourrons pas sortir de la crise de notre pacte républicain, nous ne pourrons pas retisser un lien social fort, nous ne pourrons pas « réenchanter« le lien des Français avec la politique et l’action publique, sans travailler à la définition d’un nouveau contrat social, d’une nouvelle alliance avec les Français. »
« re-donner du sens » … « re-tisser » … « ré-enchanter » …
Ainsi des profondeurs de la désespérance va jaillir le chant du « nouveau » …
… un « élan nouveau » …
… un « nouveau contrat » …
… une « nouvelle alliance » …
… qui est le chant du « re-nouveau » …
… et dans lequel il est question …
… de « re-donner » …
… « un second souffle à notre démocratie et au civisme » …
… « une nouvelle respiration au corps social français » …
… de « re-donner du sens » …… « aux concepts de démocratie et de citoyenneté » …… « à notre pacte républicain, au « » « vivre ensemble » …
… de « redonner sa légitimité » ..
… « à la République et à la démocratie » …
… de « re-trouver » …
… « la confiance des citoyens » …
… « un ciment qui unisse la communauté nationale autour de ses valeurs fondatrices » ….
bref,
… de « re-trouver la République » …
… quelque chose, en somme, puisqu’il est même question de « ré-surrection », comme … la Pâque du citoyen … !
Il faut, disent-ils, …
… «ressusciter chez les Français un nouvel intérêt au travail » …
( Il y aura même – en écho, dans le Compte rendu – un bruyant « Amen ! » émanant des bancs du groupe socialiste !)
D’autres diront – mais cela fait païen ! [v]– qu’il faut « ré-enchanter la politique» »« Monsieur le ministre,
vous avez parlé de« »réenchanter »»la politique.
Merlin a beaucoup de travail pour y parvenir ! »
Et c’est peut-être de ce « ré-enchantement » que procèdent les élections.
Car, chaque nouvelle législature – qu’il y ait alternance ou pas – est vécue comme un nouveau « printemps » de la politique. Le temps du « re-nouveau ».
« Après avoir vécu, sur les bancs de gauche comme sur les bancs de droite, le printemps qu’a connu la France aux mois d’avril et mai dernier … » ( « Quel poète ! »)
On pourrait aussi parler d’une fête de la lumière car, s’il y a alternance, d’aucuns disent qu’alors, on passe « de la nuit à la lumière » … « de l’ombre à la lumière » ( 1981 ! …« Ah ! Quels temps heureux ! … On allait changer la vie ! » ) …
Et – curieux hasard du calendrier –en France, les élections ont toujours lieu au printemps. Le printemps, c’est le temps où « fleurissent » les promesses … le temps où l’on trace le « sillon » … le temps des « semailles » … le temps où ce qui a été et qui n’est plus va pouvoir être à nouveau.
Laisser un commentaire