Laïcité, sphère publique et sphère privée

«  Un principe de séparation entre société civile et société religieuse peut-il être unificateur de la société tout entière ? » [BALLIGAND ]

« En se séparant de l’État, en acceptant la laïcité, l’Église catholique de France a gagné en liberté, en authenticité. » [ BARROT ]

« La défense du régime local des cultes est légitime, car il a fait ses preuves dans la pratique d’une laïcité ouverte. »
[ BLESSIG ]

« Comment, sauf à la condamner à la schizophrénie, demander à une personne ayant des convictions religieuses de renier une part de son identité ? » [BRAOUZEC ]

« Ancienne et moderne, à la fois tolérante mais ferme, ouverte dans l’espace privé mais pas dans l’espace public  » [GLAVANY ]

«  La laïcité ne concerne pas que l’école. D’autres espaces publics sont touchés, l’hôpital par exemple. » [GUIGOU ]

« « Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.  » […]  Ce n’est pas Dieu qui est à l’origine du pouvoir politique. » [JUPPE]

« Aux lois civiles, la société temporelle. Aux dogmes religieux, l’âme et la foi. » [MYARD] page10 :  « Le sujet n’est donc pas celui du port du voile en tant que tel ; c’est celui de la distinction entre ce qui relève de la sphère privée et ce qui relève de la sphère publique. » [PONIATOWSKI]

« La laïcité est un rempart contre les influences confessionnelles, partisanes, économiques et  cette fortification ne saurait souffrir aucune forme d’ouverture, d’abaissement ou d’assouplissement.» [TAUBIRA]

Jean-Pierre Balligand SOC Aisne

Dans la seconde partie du XXe siècle, on a, à vrai dire, trop longtemps négligé de faire vivre la laïcité, considérée à tort comme un acquis et un état de fait. Aujourd’hui, nous payons peut-être le fruit de cette faute collective.

Ironie du sort, c’est au renouveau du religieux et surtout du parareligieux que l’on doit le réveil du concept de laïcité. Ma vision du fait laïque consiste en une approche équilibrée, aussi éloignée que possible du laisser-faire que du jusqu’au-boutisme. 

Cette approche suppose de notre part des questionnements préalables qui ne sont pas éloignés de ceux brillamment soulevés par Jean Jaurès au détour des années 1900 :
Un principe de neutralité de l’État a-t-il suffisamment de force pour s’adresser aux croyants et imposer l’égalité entre tous ?
Un principe de séparation entre société civile et société religieuse peut-il être unificateur de la société tout entière et garantir ainsi la fraternité nécessaire entre tous les citoyens ?

 Jacques Barrot  UMP Haute-Loire

Notre société a su distinguer clairement ce qui relève de l’État de ce qui relève de la religion. Il a fallu pour cela s’affranchir à la fois d’une tentation cléricale hégémonique et d’une volonté de cantonner le fait religieux dans une sphère strictement privée.

En se séparant de l’État, en acceptant la laïcité, l’Église catholique de France a gagné en liberté, en authenticité.
Elle a fait l’effort d’intégrer la nouvelle donne du Concile de Vatican II, qui a reconnu officiellement que la foi ne doit être l’objet d’aucune contrainte.
Et je suis heureux de rappeler ici l’apport conciliaire car il converge vers l’idéal du respect de la liberté religieuse.

De son côté, l’État, en s’engageant à respecter la liberté religieuse, a permis l’épanouissement d’une société où ceux qui croient en Dieu et ceux qui n’y croient pas se sont retrouvés pour résister aux idéologies qui bafouaient le respect de la personne humaine. – moi qui suis né dans une famille où la Résistance a fait se rencontrer ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas, je sais de quoi je parle.

 

Emile Blessig UMP Bas-Rhin

A l’époque des grands débats sur la laïcité, certains ont cru que les religions s’effaceraient progressivement devant les acquis de la rationalité et, dans cette perspective, qu’elles seraient définitivement reléguées à la sphère privée. C’était le temps de la laïcité « fermée ».

Or, il n’en a rien été. Les options spirituelles des Françaises et des Français ont une dimension collective que l’État se doit de prendre en considération.
D’ailleurs, la loi de 1905 avait prévu des aumôneries dans les lycées et les collèges, prenant ainsi en compte une certaine dimension collective des options spirituelles individuelles
.

Si les valeurs de la laïcité sont acceptées dans tout notre pays, il existe des particularismes, comme à la Réunion ou en Guyane, mais aussi en Alsace-Moselle avec le régime des cultes.
Les Alsaciens-Mosellans sont très attachés à ce particularisme, hérité de leur histoire, et le considèrent comme un élément fondamental de leur lien social. Ce régime existe depuis plus de deux siècles et il a survécu à sept régimes politiques différents. Grâce à une évolution progressive et concertée, l’Alsace-Moselle conjugue aujourd’hui sans problème le principe républicain de laïcité et la reconnaissance officielle de certains cultes, le droit local étant conforme aux principes de liberté de conscience et de neutralité de l’État.

La défense du régime local des cultes est légitime, car il a fait ses preuves dans la pratique d’une laïcité ouverte, et nous pensons qu’il peut apporter des réponses face à l’évolution récente de notre société.

Nous ne regardons pas l’avenir dans un rétroviseur. Tout en renouvelant notre attachement au principe de laïcité, inventons de nouvelles façons de vivre et faisons en sorte que l’étranger, le pauvre et le jeune ne soient pas considérés comme une menace ou un danger.
L’Alsace-Moselle, dans cette perspective de laïcité renouvelée, pourrait être une terre d’expérimentation au service des valeurs de la République.

Patrick Braouezec CR Seine-Saint-Denis

Je me permets de préciser- tant il se dit et s’écrit n’importe quoi sur cette question – que la laïcité n’est pas un droit de l’homme fondamental non plus que la négation des religions.
Bien au contraire, elle a pour principe de préserver l’égalité de traitement des cultes et leur liberté d’expression, dans le respect de la séparation de l’église – ou plutôt maintenant des églises – et de l’État.

Même si la République est porteuse de nos valeurs essentielles, elle peut ne pas constituer le seul référent. La religion, comme tout autre idéal, peut en être le supplément d’âme.

De la même façon, il serait absurde de considérer la laïcité comme marquant une séparation absolue entre le domaine public et l’espace privé.
Comment, sauf à la condamner à la schizophrénie, demander à une personne ayant des convictions religieuses de renier une part de son identité pour ne montrer publiquement que ce qui la réunit, l’identifie, voire la modèle ou la formate à l’autre ?

A contrario, la laïcité doit permettre que toutes formes de singularités, de modes, de religions, de cultures puissent s’exprimer sans entraver la liberté d’autrui ni remettre en cause les principes du vivre ensemble.

 

Jean Glavany SOC Hautes-Pyrénées

La laïcité est une valeur complexe. D’ailleurs, si l’on demandait aux 577 députés d’en donner une définition, on serait surpris de la diversité des réponses.
Pour ma part, je la définis ainsi :

Premier pilier :
la protection d’une liberté individuelle fondamentale, la liberté de conscience et son corollaire, le respect des croyances, de toutes les croyances mais aussi des non-croyances
.

Deuxième pilier :
la laïcité est aussi la clé nous permettant de vivre ensemble dans la République, dans le respect de nos différences, sans que jamais celles-ci dictent leur loi.

Troisième pilier :
la séparation de l’Église et de l’État. C’est l’interdiction faite au religieux d’influer sur le pouvoir politique, mais c’est aussi l’interdiction faite au politique d’influer sur le religieux.

Quatrième pilier :
la laïcité est un combat historique de la raison, de la rationalité et du libre-arbitre, contre l’obscurantisme.

La laïcité, c’est tout cela.
S’Il y a  des partisans de la laïcité « ouverte », de la laïcité « tolérante », de la laïcité « moderne », pour moi, la laïcité, la laïcité n’a pas besoin d’adjectifs. C’est la laïcité – point !
Ancienne et moderne, à la fois tolérante mais ferme, ouverte dans l’espace privé mais pas dans l’espace public.

 

Élisabeth Guigou SOC Seine-Saint-Denis

 « La République assure la liberté de conscience ». A ce titre, elle respecte toutes les opinions et garantit la libre expression de celles-ci, mais elle assure aussi la neutralité de l’espace public.

L’école, proclamée gratuite, obligatoire et laïque dès les lois de Jules Ferry de 1883, a été le premier champ d’application de la laïcité.

Cependant la laïcité ne concerne pas que l’école. D’autres espaces publics sont touchés par une immixtion croissante des considérations religieuses ou communautaires. à l’hôpital, par exemple, il convient de rappeler fermement la règle qui est la nôtre : mixité et détermination des soins sur des critères strictement médicaux.
L’hôpital devient en effet de plus en plus un lieu d’expression des fondamentalismes : les commandos anti-avortement des catholiques extrémistes le prouvent, hélas, trop souvent.

L’intégrisme n’est pas seulement le fait de certains musulmans. En vérité, tous les extrémismes religieux oppriment les femmes. C
’est pourquoi nous souhaitons l’élaboration d’une charte de la laïcité qui puisse être diffusée à toutes les institutions publiques .

 

Alain Juppé UMP Gironde

La laïcité, à mes yeux, ce n’est pas un combat ; c’est le respect. Et au risque de surprendre, je serais prêt à souscrire à la définition qu’en donne, dans un discours récent, le pape Jean-Paul II :
« La laïcité, c’est le respect de toutes les croyances de la part de l’État qui assure le libre exercice des activités spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants. »
C’est bien ce que je pense , dès lors qu’il s’agit de toutes les religions, y compris bien sûr l’islam, grande religion de France. 

Mais la laïcité, c’est aussi la séparation de la sphère politique et de la sphère religieuse. Cette idée ne date pas d’hier. Elle remonte même à quelques siècles : « Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Cette séparation a conduit, au XIXe siècle et au début du XXe siècle à un conflit rude avec l’église catholique, heureusement dépassé, aujourd’hui.

Elle nous fait, au XXIe siècle, obligation de nous opposer à ceux qui prétendent, à nouveau, imposer le mélange des genres, le mélange du politique et du religieux.

Je refuse toute conception théocratique du pouvoir politique. Ce n’est pas Dieu qui est à l’origine du pouvoir politique.
Et  je refuse l’envahissement de la religion par les menées politiques
. Or ce n’est pas faire preuve de paranoïa que de dire que nous sommes confrontés, aujourd’hui, à la montée d’un fanatisme politico-religieux qui veut précisément faire de la loi religieuse la loi civile et fonder à nouveau la légitimité du pouvoir politique sur la foi religieuse. Cette vision est incompatible avec la République.

 

Jacques Myard UMP Yvelines

Je suis fermement attaché à la laïcité, fruit de l’alchimie de siècles de mûrissement de la société française, parfois lent, souvent heurté et conflictuel, qui nous permet aujourd’hui de vivre ensemble.

La France a toujours admis des étrangers sur son sol et elle continuera de le faire. Là n’est pas la question.
Mais elle a une histoire et des lois et, à ce titre, il faut que les choses soient claires.
Le pacte républicain n’est pas une auberge espagnole. Il est fondé sur des principes forts dont l’égalité des sexes, la neutralité des services publics et la laïcité.

Le pacte républicain n’est pas négociable.
On entre en France et on y demeure avec sa liberté de conscience et de pensée, mais les lois civiles sont votées par le peuple et ses représentants exclusivement.

Il ne saurait donc y avoir de dogmes religieux supérieurs aux lois de la République, tout simplement parce qu’ils ne régissent pas les mêmes sphères, les mêmes domaines.
Aux lois civiles, la société temporelle. Aux dogmes religieux, l’âme et la foi.

C’est en réaffirmant avec force la distinction entre ces deux mondes que nous pourrons garantir la liberté de conscience de chacun dans le cadre de la neutralité de la société au regard des religions.
C’est bien là le fondement et la raison de la laïcité.

 

 

Axel Poniatowski UMP Val-d’Oise

Le sujet n’est pas celui du port du voile en soi. L’islam ne l’a pas inventé. Il a existé dans presque toutes les religions : perses, grecques, hindoues et chrétiennes.
Certaines personnes portent toujours le voile dans les lieux de culte comme signe de respect, ou bien dans la vie de tous les jours comme marque de pudeur ou de protection.
Cette liberté-là est respectée et respectable, et on ne doit en aucun cas s’y opposer, au risque de porter atteinte à nos principes républicains.

Autrement dit, le choix vestimentaire, pour quelque raison que ce soit, est un droit, un droit à admettre dès l’instant où il n’y a pas atteinte au respect du vécu des autres.
Cette règle est bien celle des grandes démocraties occidentales.
C’est bien cela qui nous distingue des régimes autoritaires ou autocratiques, ou bien tout simplement de ceux où est limitée la tolérance
.

Le sujet n’est donc pas celui du port du voile en tant que tel. C’est celui de la distinction entre ce qui relève de la sphère privée et ce qui relève de la sphère publique.
Le sujet, c’est celui des règles et des principes qui régissent les comportements et la vie en commun dans les services et dans les lieux publics, et tout particulièrement dans les écoles, les collèges et les lycées.

 

Christiane Taubira App.SOC Guyane

[ La laïcité ]  est un rempart contre les influences confessionnelles, partisanes, économiques et  cette fortification ne saurait souffrir aucune forme d’ouverture, d’abaissement ou d’assouplissement.  […]

Aujourd’hui, la laïcité subit des attaques frontales ; mais aussi des attaques fourbes et insidieuses. La République est ébréchée par les concessions consenties à diverses revendications dont certaines lui sont franchement hostiles, alors que d’autres ne sont que déraisonnables ou inoffensives.

Inoffensive, l’adaptation des menus des cantines scolaires ou la tolérance pour les absences les jours de rite ;
déraisonnable, l’aménagement des horaires de piscine,
mais franchement hostiles les aumôneries installées dans les espaces publics, rarement œcuméniques, donc souvent inégalitaires ;
franchement hostiles l’exigence sur le genre du médecin soignant dans les hôpitaux publics, le port du voile dans un contexte de rapport de forces manifeste, mais aussi la charge du Vatican, si fortement relayée lors de l’élaboration du projet de convention de l’Union européenne, la présence officielle, en de multiples circonstances, d’un ministre dans un lieu de culte et un calendrier civil truffé de fêtes religieuses d’un seul culte.

 

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» la neutralité confessionnelle de la République «