laïcité et libertés

« Il ne faudrait pas opposer aux excès du communautarisme un autre excès, laïque celui-là, qui . nierait le fait religieux. » [ACCOYER]

« La laïcité est une lumière pour les femmes prisonnières de l’obscurantisme, elle est un espoir pour les minorités opprimées. » [AYRAULT]

« le conflit nodal qui a opposé les partisans de « la liberté au nom de la laïcité«  et ceux de « la laïcité au nom de la liberté« .[ BALLIGAND ]

« La laïcité a besoin, non de la peur et des phobies, mais de l’expression des différences dans le respect total d’autrui et de la société.» [ BUFFET ]

« un conflit entre deux libertés : d’une part, une liberté individuelle, qui est celle de pouvoir exprimer sa foi en tous lieux et en toutes circonstances et, d’autre part, une liberté collective, qui est celle, pour tout peuple, de pouvoir vivre au sein d’une nation unie et apaisée, hors des conflits ethniques et religieux » [GRAND ]

« La famille politique à laquelle j’appartiens a toujours privilégié la liberté à la laïcité.  Qu’on le veuille ou non, la hiérarchisation de ces deux valeurs a tracé la ligne de partage entre la droite et la gauche»  [ LE FUR ]

« Contre l’obscurantisme, tous les obscurantismes, je choisis d’écrire un seul mot sur les cahiers de nos écoliers :…  « Liberté !«  » [ LEFORT ]

« C’est assurément détourner le principe de laïcité que d’en faire un principe d’exclusion. » [MADELIN]

« La République doit continuer à garantir à chaque citoyen le libre exercice du culte de son choix. Mais le libre exercice, cela ne veut pas dire imposer sa religion aux autres alors qu’ils ne souhaitent pas la pratiquer.  » [RAOULT]

« La laïcité, c’est aussi  la garantie du libre arbitre contre les pressions familiales, celles du marché, de la propagande, de la tradition ou de la religion. c’est un principe actif de libération et d’intégration. » [VAILLANT]

Bernard Accoyer UMP Haute-Savoie

Ne perdons pas de vue l’essentiel. La laïcité constitue pour chaque citoyen une protection fondamentale, voire la première des protections : la liberté.

C’est bien ce qu’a rappelé avec force le Président de la République, le 17 décembre dernier : « La laïcité est une double garantie : la garantie non seulement que nos propres convictions seront respectées, mais aussi la garantie que les convictions des autres ne nous seront jamais imposées. ».

Or, pour que cette liberté soit réelle, partout en France, le principe de laïcité doit s’appliquer en premier lieu au sein de l’école publique.
Comment le message républicain de tolérance, de liberté et de respect pourrait-il être compris ou même entendu par nos enfants dans des salles de classe où le communautarisme aurait sa place ?
La République ne connaît que des citoyens égaux entre eux, détenteurs des mêmes droits et redevables des mêmes devoirs.
La République n’a pas à connaître des appartenances religieuses, des convictions politiques ou des origines de chacun d’entre nous.
Le pacte républicain, ciment de la nation, est fondé sur cette exigence et nous n’avons pas le droit de transiger.
Pour autant, il ne faudrait pas, dans un mouvement de balancier, opposer aux excès du communautarisme un autre excès, laïque celui-là, qui nierait le fait religieux et briderait la liberté de croire et la liberté de culte, celle de tous les cultes.

 

Jean-Marc Ayrault  SOC Loire-Atlantique

La loi que nous voulons n’est pas une loi contre l’islam.
Elle n’est pas non plus une loi contre les religions.
Elle est une loi de liberté, d’égalité et de justice. Elle veut préserver l’école des pressions religieuses ou politico-religieuses.

Elle considère toutes les religions de la même manière.
Comme l’ont écrit MM. Marceau Long et Patrick Weil, tous deux membres de la commission Stasi,
« dans notre tradition laïque, l’État est protecteur du libre exercice par chacun de sa liberté de conscience, de son expression ou de sa non-expression II se doit d’intervenir quand elle est menacée. Les jeunes filles non voilées et celles qui n’ont pas fait leur choix librement n’ont pas moins que les autres le droit à leur liberté de conscience… ».

L’interdiction de porter des signes distinctifs visibles- tels que le voile – doit être le gage d’une liberté.
La liberté d’être un citoyen ou une citoyenne comme les autres, que l’on ne regarde pas en fonction de son appartenance ou de son sexe.
La liberté d’être une femme sans tutelle, sans contrainte du regard des autres.
La laïcité est une lumière pour les femmes prisonnières de l’obscurantisme, elle est un espoir pour les minorités opprimées.

Retrouvons le courage des Républicains du siècle dernier qui ont osé affronter le cléricalisme, pour mieux protéger la liberté de conscience et de croyance.

 

Jean-Pierre Balligand SOC Aisne

L’idéal de liberté, que brandissent aujourd’hui certains protagonistes de bonne foi, constituait déjà en 1789 une pierre d’achoppement entre défenseurs mêmes de la laïcité.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui institue une véritable liberté de pensée, proclame, au nom de cette liberté, que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses », tout en précisant aussitôt après : « pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

Ce célèbre article 10 trahit − tout en le résolvant − le conflit nodal qui a opposé les partisans de « la liberté au nom de la laïcité » et ceux de « la laïcité au nom de la liberté ».

Cent ans plus tard, à l’entrée du nouveau siècle, le débat est encore vif chez les républicains, entre,
d’un côté, les plus radicaux, désireux, par athéisme ou anticléricalisme, d’en découdre avec le religieux,
et, de l’autre, les plus libéraux, soucieux d’asseoir la laïcité sur l’égalité de traitement et la tolérance.

De cet affrontement naîtra cette fois un compromis historique entre républicains de gauche et républicains de droite : la loi de 1905 « concernant la séparation des Eglises et de l’Etat« .

 

Marie-George Buffet CR Seine-Saint-Denis

Il est manifeste aujourd’hui que la laïcité ne peut être garantie dans notre pays que si la liberté, l’égalité et la fraternité sont la règle. De mon point de vue, c’est assez loin d’être le cas.

La laïcité peut être menacée aussi en Europe, on l’a vu lors du débat constitutionnel.
Elle est menacée par les postures d’affrontement, par la division et la stigmatisation, par la négation de l’individu et de sa liberté de conscience, par les intégrismes totalisants.
Elle est menacée aussi lorsque le champ du débat démocratique se rabougrit au profit de postures sécuritaires et autoritaires qui esquissent une société à pensée unique éludant les questions de sens !

« La laïcité » : n’en faisons pas un slogan porteur d’interdits..

Elle est le principe social et politique qui garantit à notre peuple sa cohésion dans la pluralité.
Elle découle directement de l’affirmation fondamentale des droits universels de l’être humain qui ne sont pas liés à l’appartenance à tel ou tel groupe social, ni à telle ou telle opinion, qu’elle soit politique ou religieuse.
Ces droits sont attachés de façon inaliénable à la condition d’être humain et sont assortis de la liberté d’opinion et de pensée, de la liberté religieuse. Plus que la tolérance, ils impliquent la reconnaissance.

L’intégrisme, qui entend que des préceptes religieux régissent la vie politique, fait violence à l’individu, à sa liberté. Il est inacceptable en France comme ailleurs, car il va à l’encontre de l’universalité des droits de l’homme. I
l faut le combattre de manière politique en éveillant les consciences, en réaffirmant partout l’autorité de l’État républicain, en faisant appliquer nos lois contre le racisme, l’antisémitisme, les violences, les atteintes à la démocratie.

On ne débusque pas l’obscurantisme, on ne met pas en difficulté les intégrismes en pointant du doigt tous les croyants, en stigmatisant les musulmans, et plus particulièrement les musulmanes, en faisant du voile l’étendard qu’il n’a pas toujours été.

La laïcité a besoin qu’on lui donne du souffle, qu’on la ranime.
Elle a besoin de s’expérimenter, d’être vécue en conscience.
Elle a besoin, non de la peur et des phobies, mais de l’expression des différences dans le respect total d’autrui et de la société. C’est là qu’elle trouve son sens et son efficacité.

Le renouveau de la laïcité doit s’accompagner nécessairement d’un renouveau de la citoyenneté et de la politique, d’un renouveau de la recherche de sens. La mixité de notre société, l’unité de notre peuple, l’universalité de l’humanité doivent se bâtir dans la laïcité en recherchant ce qui nous fait semblables sans occulter ce qui nous différencie, pour vivre ensemble pleinement.
Cela exige la liberté, l’égalité, et la fraternité.

 

Jean-Pierre Grand UMP Hérault

Le débat sur le voile et la laïcité recouvre un conflit entre deux libertés :
d’une part, une liberté individuelle, qui est celle de pouvoir exprimer sa foi en tous lieux et en toutes circonstances – et nous affirmons notre respect de toutes les religions et de tous les cultes –
et, d’autre part, une liberté collective, qui est celle, pour tout peuple, de pouvoir vivre au sein d’une nation unie et apaisée, hors des conflits ethniques et religieux.

Lorsque le droit à une liberté individuelle passe du stade de l’expression à celui de la manifestation et, plus encore, à celui de la revendication collective, naît un conflit. Assurément, nous y sommes. Le débat sur le voile révèle un conflit entre une liberté et une pratique que le respect des règles de la laïcité tranchera.

La laïcité est précisément le concept philosophique que le peuple français a inventé pour que la liberté collective et le droit de chacun à vivre dans une nation une et indivisible, apaisée et citoyenne, demeure la règle, sans pour autant opprimer et rendre impossible la liberté de l’expression de sa foi.

Or, revendiquer haut et fort le port ostensible de signes religieux à consonance identitaire et communautariste revient à contester les principes de laïcité. C’est une atteinte intolérable aux principes fondamentaux de notre République.

Nous sommes le seul pays au monde à proposer le principe de laïcité comme principe de civilisation. Cette situation exceptionnelle, qui nous place en avance sur les autres démocraties, nous impose des devoirs moraux et politiques.

 

Marc Le Fur UMP Côtes-d’Armor

J’ai la conviction que nous aurions pu traiter autrement la question du voile en évitant de stigmatiser les convictions religieuses. Il aurait fallu pour cela prohiber l’ensemble des signes agressifs qu’ils soient de nature politique, philosophique ou religieuse. Cela aurait permis de résoudre le problème du voile, que je considère surtout comme un signe d’appartenance politique – la religion dans cette affaire n’étant qu’un prétexte.

Je m’inquiète pour la liberté. La famille politique à laquelle j’appartiens a toujours privilégié la liberté à la laïcité. Qu’on le veuille ou non, la hiérarchisation de ces deux valeurs a tracé la ligne de partage entre la droite et la gauche.

La liberté de conscience, la liberté d’expression sont pour moi des valeurs premières auxquelles on ne peut déroger que pour des raisons d’ordre public. Ces jeunes filles voilées peuvent nous surprendre, nous agacer, nous choquer, mais elles ne constituent pas, par elles-mêmes, des menaces à l’ordre public.
Il ne peut y avoir de limitation à la liberté que pour des motifs d’ordre public, et les menaces qui pèseraient sur l’ordre public doivent être appréciées en tenant compte des circonstances, de temps et de lieu.

 

Jean-Claude Lefort CR Val-de-Marne

Un voile, un simple voile, porté par des jeunes filles à l’école, et voilà que la laïcité serait menacée dans son principe ! Mes propos peuvent heurter, je le sais bien, mais qui dira que la politique et une certaine idéologie n’ont rien à voir avec le projet que nous discutons ?

[…]

Qui peut soutenir qu’exclure une jeune fille parce qu’elle porte le voile, c’est favoriser son émancipation ? La renvoyer chez elle ou la pousser vers des établissements religieux où le port du voile sera autorisé, est-ce la rendre plus libre, plus égale et moins soumise ?

Les propos d’Aristide Briand, le père de la loi de 1905, devraient guider vos pas, lui qui déclarait à l’encontre des prêcheurs d’oppression : « La seule arme que nous voulons utiliser contre vous, c’est la liberté ! ».

Contre l’obscurantisme, tous les obscurantismes, je choisis d’écrire un seul mot sur les cahiers de nos écoliers :…  « Liberté ! »

 

Il est parfaitement légitime de demander à une jeune fille, pour qui le port du voile est l’expression d’un choix personnel et intime, fondé sur une authentique conviction religieuse, de respecter les usages vestimentaires de l’école de la République.
Il est tout aussi légitime de bannir le voile islamique de l’école lorsque celui-ci sert d’étendard politique à ceux qui cherchent à dessiner un espace où les lois de l’Islam remplaceraient celles de la République.
Il est légitime encore de ne pas accepter dans l’enceinte de l’école, où se forgent les consciences, le voile de la contrainte, celui qu’il faut porter pour être respectée dans son quartier, celui qui enferme et qui renvoie à une conception de la femme qui n’est pas conforme à nos valeurs.

Je ne pense pas pour autant qu’il faille une nouvelle loi.

Nous sommes, là, au carrefour de plusieurs libertés : la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté religieuse, la liberté pour les parents de choisir l’école de leurs enfants et le genre d’éducation qu’ils veulent pour eux, la laïcité de l’école publique et la non-discrimination entre les sexes.

L’exigence de conciliation de toutes ces libertés a été rappelée par l’arrêt du Conseil d’État de 1989 qui, s’appuyant sur les principes fondamentaux de notre droit et de nos engagements internationaux, met l’accent sur les limites de nos limitations : les restrictions à porter à l’exercice de cette liberté ne peuvent être liées qu’au trouble de l’ordre public.

Une prohibition pure et simple à l’école de tout voile, de tout foulard, et même de tout signe religieux serait assurément une solution de facilité.

[…]

Le devoir des enseignants laïques d’hier, à une époque où l’Église contestait et les droits de l’homme et la liberté de pensée, était d’ouvrir l’esprit de leurs élèves à ces valeurs universelles. Il ne serait venu alors à l’esprit d’aucun d’exclure les petits catholiques de l’école laïque.
C’est assurément détourner le principe de laïcité que d’en faire un principe d’exclusion.

 

Éric Raoult UMP Seine-Saint-Denis

La République doit continuer à garantir à chaque citoyen le libre exercice du culte de son choix.
Mais le libre exercice, cela ne veut pas dire imposer sa religion aux autres alors qu’ils ne souhaitent pas la pratiquer.

[…]

Tous ceux qui croient, tous ceux qui ont la foi, dans les quartiers, ne veulent pas ressembler à ces intégristes.
Témoin, cette petite jeune fille qui m’a dit :
« Tu sais, mon voile, moi, je l’ai dans ma tête ».

Mais il faut agir car, quand il n’y a plus d’espoir, c’est l’intégrisme qui devient le seul et dernier espoir.
Dans certains territoires perdus de la République, la dernière main secourable n’est pas toujours celle du député ou du maire.
C’est souvent celle de la foi dans l’au-delà.
C’est souvent celle d’un intégrisme qui est certes réel, mais qui n’est en aucun cas représentatif d’une communauté, quelle qu’elle soit.

Daniel Vaillant SOC Paris

La laïcité ne se résume pas à la loi de 1905, bien que celle-ci en soit un élément primordial.
Ce n’est pas seulement l’application du principe de liberté de conscience et de séparation des églises et de l’État.
La laïcité, c’est une conception globale de l’État et de la République. C’est l’égalité des chances, c’est la lutte contre toutes les discriminations, c’est l’égalité des territoires, c’est le respect dû à l’État.
La laïcité, c’est notre contrat social, c’est ce qui permet à chacun de trouver sa place dans la République.

On est donc bien loin du libéralisme intégral, et encore plus loin du communautarisme libéral.

En effet, le recul de l’État et de ses fonctions de solidarité, le délaissement de certains territoires, l’abandon des politiques actives de lutte contre le chômage ou la précarité, le laisser-faire ou le laisser-aller minent notre contrat social.

Décidément, non, je le dis avec force, je ne suis pas libéral si le libéralisme c’est le laxisme, la liberté du renard dans le poulailler, la loi du plus fort et du rapport de forces, le « chacun pour soi » contre le « tous ensemble », le désengagement de l’État, le recul de la solidarité républicaine, la concurrence sans limite.

Mais la laïcité, c’est aussi  la liberté de penser, la garantie du libre arbitre contre les pressions familiales, celles du marché, de la propagande, de la tradition ou de la religion.
La laïcité libère l’individu et intègre le citoyen.
Elle est le centre du creuset républicain forgé à l’école.

Elle n’est en rien une simple garantie passive.
Bien au contraire, c’est un principe actif de libération et d’intégration. Aussi exige-t-elle de chacun un effort personnel.

La laïcité donne à chacun la protection de sa liberté de conscience.
En contrepartie, l’individu doit respecter l’espace public et ne pas afficher un prosélytisme agressif.

2004 )