laïcité et intégration

« L’intégration devient un discours récurrent. On somme à tout moment les jeunes dits « issus de l’immigration » de s’intégrer. Mais de quelle immigration s’agit-il ? » [ BILLARD ]

« Dans les quartiers nord de Marseille, dont je suis l’élu, […] la laïcité est parfois malmenée, tout bonnement parce que la République n’est plus réellement le ciment qui unit les hommes. » [ DUTOIT ]

« Dans ma circonscription, à Villeurbanne,  […] l’intégration républicaine dont nous sommes si fiers, à juste titre, se combinait avec l’espoir d’un avenir meilleur, avec la croyance en l’égalité des chances et la certitude d’une promotion sociale. […] Or, aujourd’hui [ GAUTHIER ]

« Entre la nation et l’individu il existe, qu’on le veuille ou non, des familles des groupes, des corps intermédiaires. […] Se sentir bien dans sa famille, ressentir sa famille comme admise dans la nation, n’est-ce pas le préalable à l’intégration ? [ LE FUR ]

« En République française, on ne reconnaît pas les minorités, on ne reconnaît pas véritablement les communautés. On reconnaît l’individu et on veut en faire un citoyen. Mais, dans la vie de tous les jours, le citoyen a le sentiment de n’être pas reconnu, de n’être pas intégré, de ne pas arriver à s’insérer, ni à trouver sa bonne place. » [ LUREL ]

« Le voile masque le recul de l’intégration. » [ MAMERE / lequel parle de « l’apartheid urbain » et la « ségrégation sociale »]

« Je souhaite à ce stade m’inscrire en faux contre certains propos tenus à gauche comme à droite sur la question de l’intégration, propos trop faciles selon lesquels l’intégration devrait d’abord et avant toute chose être ramenée à la disparition du chômage et des inégalités économiques et sociales. » [MYARD ]

« Le problème n’est pas l’expression religieuse, mais l’absence de réponse politique à la crise de l’intégration. » [ PERRUCHOT ]

« Le débat de fond a révélé non seulement l’échec de l’application intelligente de la laïcité, mais aussi celui de notre politique d’intégration. »  [ PINTE ]

« Un nouveau volontarisme républicain est nécessaire pour casser le ghetto territorial et le ghetto symbolique.[…] L’« action positive » – terme bien préférable à celui de « discrimination positive »  – est une voie à explorer. » [ VALLS ]


Martine Billard NI Paris 1ère

L’intégration devient un discours récurrent. On somme à tout moment les jeunes dits « issus de l’immigration » de s’intégrer. Mais de quelle immigration s’agit-il ? De la portugaise, de l’espagnole, de la polonaise ?
Non, Cette expression « politiquement correcte » fait, en réalité, référence aux jeunes de couleur, tout comme « musulman » fait de plus en plus référence à « arabe ».
Or il y a aussi des arabes chrétiens, comme des arabes sans religion.

Que veut dire « immigrés » pour des jeunes nés en France de parents nés en France, de grands-parents venus travailler dans notre pays ?
Devront-ils, génération après génération, parce que non-blancs et à cause de la consonance de leur nom, rendre compte de leur « francité » ?

Que veut dire « intégration » pour ces jeunes, souvent bardés de diplômes, qui « galèrent » de boulots précaires en boulots précaires et peinent à accéder à un logement ?

Que veut dire « intégration » quand ces jeunes, aussi français que vous et moi, reçoivent des formulaires de la caisse d’assurance maladie où la case « titre de séjour » est cochée uniquement en raison de la consonance de leur nom ?

Qui doit s’intégrer ? Ce jeune Français qui travaille normalement, a une famille, des enfants, paie ses impôts mais dont le prénom est Mehdi ? Ou ne serait-ce pas plutôt nos institutions qui rejettent ces jeunes en leur faisant sentir constamment qu’ils ne sont pas des Français comme les autres ? Ne s’agit-il pas souvent de discriminations plutôt que de difficultés d’intégration ?

Devant la difficulté à être acceptés, certains vont malheureusement se réfugier dans des solutions identitaires. Certains glissements sémantiques actuels enferment un peu plus dans ce repli identitaire.

Comment peut-on parler de « jeunes d’origine musulmane » pour nommer des jeunes dont les familles sont originaires du Maghreb ?
Parle-t-on de « jeunes d’origine catholique » pour ceux issus de l’immigration italienne, espagnole, polonaise ou portugaise ?
Quand on en est à vouloir nommer un « préfet musulman », comment s’étonner ensuite que des jeunes se laissent convaincre d’utiliser une religion comme moyen d’être reconnus dans notre société ?
Les assignations identitaires ethnico-religieuses étaient jusqu’à maintenant surtout le fait de l’extrême droite. Pourquoi seraient-elles devenues « positives » ?

 

 Frédéric Dutoit CR Bouches-du-Rhône
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J’aimerais prendre l’exemple de la cité phocéenne, dont je suis député, pour expliciter mon propos.

Marseille, deuxième ville de France, abrite des milliers de personnes de confession musulmane, mais est toujours privée d’une mosquée digne de ce nom car les représentants déclarés de cette communauté n’arrivent toujours pas à s’entendre, au grand dam des musulmans et – c’est utile de le dire ici – de la grande majorité des Marseillais. Marseille est une ville cosmopolite, fière d’être née de la rencontre entre Protis et Gyptis, l’immigré et l’autochtone.

Vingt-six siècles après, au gré de son industrialisation, elle a accueilli des hommes et des femmes de toutes cultures, de toutes confessions, qui ont appris à vivre ensemble, à s’enrichir de leur présence, très souvent dans la fraternité et la solidarité. Le respect de l’autre est d’ailleurs l’une des valeurs de la République que Marseille s’est toujours enorgueilli de défendre. […]

Il est clair que, dans les quartiers nord de Marseille, dont je suis l’élu, où toutes les religions sont représentées, où les musulmans sont originaires du Maghreb, de l’Afrique noire et d’Europe, dans toutes les grandes villes de France et leurs banlieues, la laïcité est parfois malmenée, tout bonnement parce que la République n’est plus réellement le ciment qui unit les hommes, principalement là où elle cumule tous les maux, toutes les tares de la société. Le chômage, le mal-vivre, cet horizon de tours HLM enterrent fréquemment les derniers espoirs, les dernières croyances en une société plus humaine.

La République a mal à ses valeurs : la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité. Est-ce une raison pour ne plus croire en elles ?

Nathalie Gautier SOC Rhône
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Dans ma circonscription, à Villeurbanne, ville située dans les faubourgs industriels de Lyon et constituée des vagues successives d’immigrants de toutes nationalités et confessions – Espagnols et Italiens fuyant le fascisme, Arméniens fuyant le génocide, juifs ashkénazes de l’Europe de l’Est, juifs séfarades d’Afrique du Nord, Algériens, Marocains, Tunisiens, Turcs, Africains du Sénégal et du Mali -, cette pluralité d’origines, de confessions et de cultures a trouvé à l’école républicaine un espace commun, un espace de valeurs communes à partager. « Nous sommes tous venus d’ailleurs, nous sommes tous devenus d’ici » : cette phrase résume à elle seule notre ville.

Mais l’intégration républicaine dont nous sommes si fiers, à juste titre, se combinait avec l’espoir d’un avenir meilleur, avec la croyance en l’égalité des chances et la certitude d’une promotion sociale.
C’est le travail, la fierté de pouvoir assumer l’éducation de ses enfants et de faire vivre sa famille qui a permis l’intégration à la communauté nationale.
La période de plein emploi a joué son rôle et le respect de la laïcité à l’école a permis à tous les élèves d’origines et de confessions diverses de grandir ensemble.

Or, aujourd’hui, le chômage de masse s’est durablement installé. La précarité est devenue le quotidien d’un grand nombre de ces familles. De travailleur, on est devenu inutile, voire indésirable, et l’assignation à résidence est devenue la règle dans les quartiers les plus pauvres.

L’ascenseur social, qui garantissait l’intégration, s’est grippé. La désillusion a provoqué l’amertume, voire la révolte des jeunes de la deuxième génération, qui espéraient un avenir meilleur que le destin d’immigrants subi par leurs parents.

Le repli identitaire a suivi, avec ses dérives fondamentalistes. L’école en a été le premier témoin parce qu’elle est au cœur des quartiers où s’expriment ces confrontations, ces différences, ces inégalités. […]

Il est clair que le projet de loi ne saurait, à lui seul, supprimer les causes de ces phénomènes et ces discriminations.

La politique de la ville a tenté, souvent avec succès, de corriger les effets de la ségrégation urbaine et sociale, mais elle n’a pas suffi à combattre les désastres sociaux causés par le chômage.

Pour autant, je n’ai pas l’intention de plaider pour la discrimination positive. Ce terme est choquant et il ne correspond pas à l’objectif d’une République laïque et fraternelle.

Oui, la discrimination sociale est réelle.

Oui, l’égalité des chances et la solidarité sont une exigence.

C’est pourquoi la République laïque que nous voulons faire vivre doit être également une République sociale, faute de quoi elle ne peut être un idéal partagé par tous.

Marc Le Fur UMP Côtes-d’Armor
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Je m’inquiète aussi pour l’intégration. Si la grande affaire c’est l’intégration, est-il bien raisonnable de commencer par stigmatiser et par exclure ?

Autant il faut combattre toutes les formes de communautarisme avec la plus grande énergie, autant ce serait une erreur de voir dans tout sentiment d’appartenance, dans toute expression d’une identité, l’affirmation d’un quelconque communautarisme.

Il n’y a communautarisme que lorsqu’une communauté agresse les autres composantes de la nation. Dans un univers mondialisé les communautés, lorsqu’elles sont ouvertes, créent du lien social.
Beaucoup d’individus ballottés par la vie y trouvent chaleur, échange et solidarité. Ces communautés humaines peuvent être une première étape de l’intégration. Elles sont dès aujourd’hui présentes dans l’espace public, dans les médias, sur la bande FM, dans les grandes agglomérations.

Entre la nation et l’individu il existe, qu’on le veuille ou non, des familles des groupes, des corps intermédiaires.
M. Alain Madelin. Heureusement !
M. Marc Le Fur. Ne pas en tenir reviendrait à nier la réalité et à tomber dans un jacobinisme d’un autre âge qui ne reconnaîtrait que la nation et l’individu isolé. Se sentir bien dans sa famille, ressentir sa famille comme admise dans la nation, n’est-ce pas le préalable à l’intégration ?

Lire aussi : LE FUR 1

 Victorin Lurel  SOC Guadeloupe

Le Gouvernement et notre assemblée doivent s’interroger sur les moyens de faire cohabiter harmonieusement et pacifiquement l’universalité, qui est fondamentale, et la diversité – ou, mieux encore, la « diversalité », pour reprendre le terme qu’emploie, notamment, Chamoiseau.

Tel est le nouveau pacte laïque vers lequel nous devons cheminer, et c’est ce à quoi je vous invite. On assiste à un choc des cultures. La France traverse une période de transition culturelle. Elle devient sous nos yeux une société multiculturelle.
Et c’est en même temps un tabou : personne ne veut véritablement l’accepter, la vivre telle qu’elle est et donc la traiter comme il faut. La France est devenue une société composite.

Or, en République française, on ne reconnaît pas les minorités, on ne reconnaît pas véritablement les communautés. On reconnaît l’individu et on veut en faire un citoyen. Mais, dans la vie de tous les jours, le citoyen a le sentiment de n’être pas reconnu, de n’être pas intégré, de ne pas arriver à s’insérer, ni à trouver sa bonne place. Quels que soient ses efforts, quelle que soit sa vertu, il retourne vers sa communauté et sombre dans les replis communautaires.

C’est tout le drame : l’individu n’est pas reconnu en tant que citoyen et sa communauté non plus. Ce dissensus, ce choc interculturel est cause de la crise et du malaise que nous connaissons.

Je le vis presque dans ma chair. J’appartiens aux minorités dites visibles, et, pourtant, il y a une telle invisibilité sociale ! Vous le sentez dans le regard de l’autre. Vous éprouvez l’impression, un peu curieuse, qu’au-delà de votre citoyenneté, de votre identité, de votre nationalité, subsiste manifestement un problème d’insertion et d’intégration et qu’il convient d’y mettre l’accent, ce que n’ont pas fait tous les gouvernements. […]

La France vit un processus qui n’est pas seulement de métissage, mais de créolisation. Ce terme, qui peut étonner, exprime bien l’interpénétration des cultures, avec une valeur ajoutée qui est celle de l’imprévisibilité.
Tel est donc le choc entre le vieux et le neuf, et l’intégration n’a pas lieu.

La France connaît une crise du vivre ensemble, et les politiques appliquées n’ont pas prise sur la réalité. […]  Il lui faut sans doute un plan Marshall de l’intégration.

 Noël Mamère NI Gironde

Il n’y avait donc aucune nécessité à légiférer dans la précipitation, sauf à vouloir démontrer à une partie de la population de notre pays que, faute d’avoir résolu les problèmes d’intégration dans les quartiers populaires et d’avoir investi dans un « Plan Marshall » contre l’apartheid urbain et la ségrégation sociale, on s’attaquait une fois de plus aux mêmes, les enfants d’immigrés.  […]

Si la société française veut sortir par le haut de l’impasse dans laquelle ce débat l’a jetée, il convient de partir du constat suivant : le voile masque le recul de l’intégration. Sa mise en scène illustre le développement réel du communautarisme et de l’ethnicisme dans les quartiers populaires. […]

Plutôt qu’à une loi d’exclusion, travaillons à un pacte national contre les discriminations, qui comprendrait à la fois la reconnaissance du droit de vote pour tous les étrangers extra-communautaires et la lutte contre les ghettos, adossée à un financement massif du logement social, à des mesures contre la discrimination dans le logement, le travail et les loisirs, à la lutte contre les violences imposées aux femmes et à la protection des jeunes filles menacées et contraintes.

Un tel pacte devrait représenter, pour nous tous, une priorité nationale. Il s’inspire du rapport de la commission Stasi dont le constat était clair : ce sont les discriminations raciales et sociales qui sont à l’origine de la montée du communautarisme, et non l’inverse. Votre loi, monsieur le ministre, trahit le rapport Stasi et jette un voile pudique sur votre politique de régression sociale et de recul des libertés.

Mais la réalité du mal français est là. En l’ignorant, vous prenez le risque de la déstabilisation et de l’explosion sociale. Un jour, il vous faudra rendre des comptes.

 

 Jacques Myard UMP Yvelines

Je souhaite à ce stade m’inscrire en faux contre certains propos tenus à gauche comme à droite sur la question de l’intégration, propos trop faciles selon lesquels l’intégration devrait d’abord et avant toute chose être ramenée à la disparition du chômage et des inégalités économiques et sociales, ces problèmes – bien réels – étant accusés d’engendrer l’exclusion et le repli communautariste.

Certes, ces facteurs ont leur importance – je ne veux pas les nier – mais ils sont très insuffisants pour expliquer ce qui se passe. Cette analyse à connotation économico-marxiste est parfaitement inexacte.

Les fondamentalistes les plus actifs, voire les plus virulents et les plus extrémistes sont en règle générale  aisés, intégrés et ont atteint le niveau des études supérieures. Ne nous trompons donc pas d’objectif ni d’analyse. Le radicalisme religieux ne trouve pas sa source dans les frustrations sociologiques et économiques, mais va bien au-delà car il met en cause une conception de la foi, une vision politique du monde, une Weltanschauung dont l’objectif est subversif : imposer le dogme politico-religieux.

L’enjeu, mes chers collègues, n’est pas religieux. Il est politique et le port du voile cache l’essentiel : l’instauration d’une société formatée conformément à la charia, où certes la femme est enfermée dans un statut minoritaire, mais dont les objectifs vont beaucoup plus loin. Ne nous y trompons pas.

Lire aussi : MYARD 1

  1. Nicolas Perruchot UDF Loir-et-Cher

Ce qui m’inquiète, c’est que l’on donne au voile une dimension religieuse quand il est une question d’intégration. L’on feint de ne pas comprendre que lorsqu’une société n’arrive plus à accueillir, à reconnaître, à être porteuse de valeurs communes, il ne reste plus que le repli identitaire.

En confondant croyance religieuse et intégrisme, nous risquons de remettre en question ce pilier fragile de la laïcité française qu’est la tolérance de toutes les expressions religieuses, y compris dans la sphère publique. Le problème n’est pas l’expression religieuse, mais l’absence de réponse politique à la crise de l’intégration.

Qui croit un instant que cette loi et les manifestations méfiantes qui ont précédé sa discussion sont de nature à rassembler la France autour de valeurs communes ?

En 1905, le problème était de séparer l’Etat de la tutelle historique de l’Eglise. Aujourd’hui, nous devons unir et associer autour d’un pacte républicain renforcé, plus ouvert et qui intègre mieux. A défaut, nous deviendrons une vieille nation, repliée sur elle-même, agitant des gris-gris pour protéger des restes.

En fait d’efficacité, la loi ne fait que révéler l’échec de la politique d’intégration depuis vingt ans et exacerber l’intégrisme ; elle n’apporte pas de solution. Occupons-nous d’abord des ghettos, luttons contre le financement des mouvements extrémistes, proposons enfin un vrai contrat d’intégration aux étrangers installés en France. Les voiles s’enlèveront d’eux-mêmes. A défaut d’avoir réussi à intégrer par la loi, évitons d’adopter une loi désintégratrice.

 

 Étienne Pinte UMP Yvelines

Je pense, à l’instar de René Rémond, membre de la commission Stasi , que le voile n’était pas le problème central. Le vrai défi est celui de l’intégration sociale et professionnelle. Le débat de fond a révélé non seulement l’échec de l’application intelligente de la laïcité, mais aussi celui de notre politique d’intégration. Nous ne résoudrons pas ces problèmes cruciaux avec trois articles de loi.

Fallait-il une loi pour quelques centaines d’élèves, stigmatisant ainsi toute une partie de la population, au risque de renforcer ce communautarisme tant redouté ? Plutôt que de débattre sur les signes religieux ostensibles, j’aurais préféré, je ne vous le cache pas, que nous prenions le temps de réfléchir à l’ensemble des propositions formulées par la commission Stasi.
C’était le moment d’élaborer un projet d’ensemble qui aurait traité toutes les facettes de l’intégration. Il fallait profiter de la réflexion sur la place, sur l’image et sur la connaissance des religions dans notre société, afin de mieux maîtriser une application intelligente de la laïcité.

Au lieu de cela, nous avons, une fois de plus, brandi l’étendard de la laïcité menacée, incapables que nous sommes de parvenir à instaurer des relations plus sereines entre la République et les religions. […]

[ C’est pourquoi ]  je ne peux adhérer à un projet de loi qui ne répond pas aux vraies questions, en particulier à celle de l’intégration. Nous avons raté une belle occasion de nous pencher, avec sérénité, sur la manière dont nous devons aider nos compatriotes à devenir des Français à part entière. Je le regrette.

 Manuel Valls SOC Essonne

La sémantique jonglant entre immigrés, intégration, musulmans, Maghrébins, Français issus de l’immigration, au gré des besoins du moment, empêche notre pays de s’accepter tel qu’il est, c’est-à-dire comme une terre d’immigration.
Cela crée des crispations qui se retrouvent dans la politique d’immigration française, complexée, presque honteuse, qui n’ose pas dire que l’immigration est aussi une chance pour la France, ce qui n’est pas contradictoire avec des politiques nationale et européenne de gestion de flux migratoires.

L’immense majorité des immigrés qui arrivent en France croient à une sorte de « rêve français ». Ils veulent réussir. C’est la perspective d’une vie meilleure qui créé l’adhésion aux valeurs de la terre d’accueil, la capacité de cette terre à en faire des citoyens à part entière. Or, la plupart des immigrés, de leurs enfants, de leurs petits-enfants et, plus globalement, tous les exclus de notre système social sont coincés dans des quartiers au sein desquels personne, a priori, ne voudrait vivre.

Pour débloquer cette situation, il est indispensable d’agir en offrant des perspectives fortes. Un nouveau volontarisme républicain est nécessaire pour casser le ghetto territorial et le ghetto symbolique. La priorité nationale doit aujourd’hui être la reconstruction des quartiers populaires et la mise en œuvre de la mixité sociale par une méthode plus poussée que la sanction financière telle qu’elle est prévue dans la loi SRU. Du développement de programmes d’habitat à la réforme de notre fiscalité locale, fiscalité absurde et injuste, il est des mesures qui changeraient en profondeur la donne dans les quartiers urbains.

La seule réponse policière apportée par le Gouvernement montre déjà ses limites, quand l’éducation et l’emploi ne sont pas dotés dans ces quartiers de moyens exceptionnels .et quand la désespérance sociale étreint toujours plus de citoyens. Oui, l’école doit être au cœur de l’ambition nouvelle pour les quartiers populaires. […]

Le ghetto symbolique enfin doit être abattu. Les discriminations à l’embauche, au logement, doivent être sévèrement condamnées. Mais il faut aller plus loin. L’action positive – terme bien préférable à celui de discrimination positive – est une voie à explorer. Le choix des critères de sa mise en œuvre est primordial. Ils doivent être territoriaux et sociaux, introduits au nom du mérite et de l’égalité de traitement.

La République doit s’employer à réparer l’ascenseur social. Parce qu’ils constituent une part importante des classes populaires, et qu’une écrasante majorité d’entre eux appartient à ces classes populaires, les citoyens issus de l’immigration extra-européenne, souvent de confession musulmane, seront les premiers concernés par l’application de telles mesures. Ils cumulent les handicaps : relégués, exclus, discriminés.

Comment, dans ces conditions, réclamer qu’ils s’identifient à la République ?

Comment, dans ces conditions, ne pas comprendre que des enfants issus de l’immigration, Français pour la plupart, se cherchent et se tournent vers une autre identité ? […]

Pour concrétiser la nouvelle ambition républicaine, un pas essentiel peut être franchi avec la mise en œuvre d’un pacte national d’intégration connu de tous, liant clairement la France à ses immigrés, fixant la volonté de notre pays et ses attentes vis-à-vis des nouveaux arrivants.
La citoyenneté de résidence, sas vers la naturalisation et véritable catalyseur de l’intégration, doit remplacer la carte de séjour de dix ans, en ouvrant aussi le droit de vote aux élections locales et en garantissant l’accès aux droits que les discriminations empêchent souvent de faire valoir.
C’est comme cela que nous ferons aimer notre pays, sa langue et ses couleurs. Une loi est donc nécessaire pour redonner du sens aux valeurs de la République.