« Notre pays a profité de son statut de puissance coloniale pour faire venir, à la fin du XIXème et tout au long du XXème, de la main-d’œuvre étrangère. » [ASENSI]
Dans la construction de la société réunionnaise, la laïcité joue un rôle décisif. [ ] [ Il s’agit d’un ] équilibre précieux, fragile aussi. Il a fallu beaucoup de temps et d’efforts pour qu’il s’établisse dans une île où un article du Code noir interdisait l’exercice de toute autre religion que la catholique.[BELLO]
« Nous n’avons toujours pas réglé le contentieux du colonialisme depuis 1962. » [GERIN ]
« J’ai la terrible et tenace impression que la société française a du mal à s’accepter telle qu’elle est aujourd’hui et qu’elle digère fort mal l’héritage post-colonial. » [LUREL ]
« Cette loi, nous la récusons parce qu’elle contribue à renforcer la fracture coloniale dont notre pays a tant souffert. » [MAMERE]
« Trop d’incompréhensions et d’amalgames perdurent. La France n’a toujours pas fait le travail de clarification et de compréhension de son passé colonial. » [VALLS]
« La France du XXIe siècle se sent-elle encore coupable soit d’avoir colonisé des peuples d’Afrique et d’Asie, soit de les avoir abandonnés un à un, tels des dominos ? » [VICTORIA]
Et aussi :
M. Jacques Myard. « Débarrassés du boulet de l’affaire algérienne, les gouvernements français successifs ont voulu tourner la page et tourner le dos à ces hommes identifiés dans notre mémoire à des événements douloureux, d’un autre temps, dont la venue sur notre sol n’était souhaitée que pour remplir les tâches les plus pénibles. C’était oublier que les hommes ne sont pas des marchandises, des outils, mais des cultures.
« Tant que nous n’aurons pas une politique d’intégration digne de ce nom, assurant la promotion sociale de citoyens discriminés en raison de leur apparence physique, de la couleur de leur peau et des clichés véhiculés par les relents de l’histoire coloniale, nous aurons beau faire la plus belle loi possible sur la laïcité, la société ne guérira pas du mal endémique qui la mine. » [VUILQUE ]
« Cette discussion nous renvoie à l’histoire coloniale de la France, à la non-représentation institutionnelle de sa diversité culturelle et aux formes de protestation contre cette invisibilité institutionnelle ». [TAUBIRA 1 / TAUBIRA 2 ]
François Asensi CR Seine-Saint-Denis
Notre pays a profité de son statut de puissance coloniale pour faire venir, à la fin du XIXème et tout au long du XXème, de la main-d’œuvre étrangère.
Cette source d’enrichissement culturel a également été bénéfique pour l’économie du pays.
Nous lui devons d’avoir mené à bien tous nos grands chantiers : les ports, le rail, les routes, le bâtiment, l’industrie automobile, la mine…
Cette classe ouvrière, riche de sa diversité et redoutée par les classes dirigeantes, des élus ont refusé de l’accueillir, la repoussant même parfois à la périphérie des agglomérations.
Plus grave, des villes comme Paris, Puteaux, Boulogne-Billancourt ont même chassé les populations ouvrières qui les habitaient.
Ce débat n’est pas nouveau et, en 1985, à la tribune de l’Assemblée nationale, j’expliquais que « par tradition de solidarité ancienne, ce sont les communes populaires, le plus souvent dirigées par les communistes, qui ont accueilli les immigrés en France » – et nous en sommes fiers – et je dénonçais « les véritables ghettos où s’accumulent la misère, les tensions et les difficultés de toutes sortes. […]
Ces communes n’acceptent plus de supporter seules le poids de la solidarité nationale ». En 1990, comme rapporteur de la loi contre le racisme, l’antisémitisme et le négationnisme, j’avais de nouveau tiré le signal d’alarme :
« Ces poches de misère sont des bombes à retardement. A trop attendre pour les faire disparaître, il risque d’être trop tard pour éviter l’instauration d’un mur d’incompréhension et d’intolérance ». […]
Aux yeux des jeunes issus de l’immigration, l’exclusion et l’humiliation de leurs parents plusieurs décennies après leur arrivée en France est explosive et dramatique.
Et pour tous les habitants des quartiers en difficulté qui vivent la relégation, la précarité et l’insécurité, leur expérience est le contraire des idéaux proclamés.
Comment s’étonner que la devise de la République « Liberté, égalité, fraternité » ne puisse avoir de sens pour eux ?
Huguette Bello NI La Réunion
Dans la construction de la société réunionnaise, la laïcité joue un rôle décisif. Oui, elle est faite de diversité, de respect, de tolérance. Mais plutôt que de faire appel à des mots solennels, laissez-moi vous montrer quelques images.
Chez nous, les mosquées, les temples hindous ou chinois voisinent avec les églises catholiques.
Chez nous, la nature est piquetée de petits édifices religieux que les fidèles d’un culte, ou de plusieurs cultes, entretiennent et fleurissent avec dévotion.
Chez nous, à l’occasion des fêtes qu’elles célèbrent, les communautés religieuses échangent leurs vœux par des communiqués publiés dans la presse.
Chez nous, plusieurs fois par jour, l’appel du muezzin et les cloches des églises se répondent pacifiquement. Chez nous, personne ne s’étonne de voir l’évêque s’exprimer lors du Dipavali, la fête de la lumière des Hindous.
Chez nous, lorsqu’on inaugure un pont, les représentants de tous les cultes viennent y associer leurs prières.
Chez nous, les cantines scolaires s’accommodent depuis toujours des interdits alimentaires : pas de porc pour celui-ci, pas de bœuf pour celui-là.
Chez nous, il existe des cimetières, ou des carrés dans les cimetières, réservés à tel ou tel culte.
Chez nous, où la grande majorité de la population est catholique, une école coranique sous contrat – la seule de France – accueille des enfants.
Cet équilibre est précieux, fragile aussi. Il a fallu beaucoup de temps et d’efforts pour qu’il s’établisse dans une île où un article du Code noir interdisait l’exercice de toute autre religion que la catholique, et où, pendant longtemps, les cultes non chrétiens devaient se cacher, sinon disparaître.
C’est pourquoi, au moins autant que d’autres, les Réunionnais sont fortement attachés à la laïcité. Ils savent ce que signifie l’égalité entre des options spirituelles différentes et ils savent qu’elle est le garant de liberté de conscience. Ils savent aussi que la laïcité construite sur la neutralité du pouvoir politique constitue la meilleure défense possible contre les périls du communautarisme.
Le défi – dont parle M. Stasi – de « forger l’unité tout en respectant la diversité de la société », il a été relevé, et victorieusement, dans notre île.
André Gerin CR Rhône
L’heure est au courage et à la lucidité pour traiter de l’islam et de la République. Sans vouloir diaboliser, il faut dire que l’affaire est sérieuse.
Il s’agit, quant au fond, de combattre un projet politique qui menace la République, de lutter contre la recrudescence de l’antisémitisme et du racisme anti-arabe.
A ce propos, nous n’avons toujours pas réglé le contentieux du colonialisme depuis 1962.
Il s’agit aussi de s’opposer au développement dans les quartiers d’un racisme anti-français, d’un esprit « anti-service public », d’une hostilité envers les représentants de la République, pompiers, police, élus. On se souvient de la Marseillaise sifflée.
Ce racisme anti-français est orienté, manipulé, cultivé par ces « pseudo-religieux », qui utilisent la délinquance et les trafics.
Victorin Lurel SOC Guadeloupe
En réalité, le problème du voile islamique, puisque c’est ainsi qu’on l’a appelé, n’est que le symptôme, le signe d’un malaise qui traverse la société française.
J’ai la terrible et tenace impression que la société française a du mal à s’accepter telle qu’elle est aujourd’hui et qu’elle digère fort mal l’héritage post-colonial.
Quel est le problème ?
La société française appartient à ce que, dans les Caraïbes, nous nommons les sociétés ataviques, les sociétés multi-séculaires, avec une racine judéo-chrétienne – plus chrétienne peut-être que judéo.
On a du mal dans ces sociétés, même si elles font preuve d’ouverture, à accepter intrinsèquement l’autre. On assiste à un choc des cultures.
La France traverse une période de transition culturelle. Elle devient sous nos yeux une société multiculturelle. Et c’est en même temps un tabou : personne ne veut véritablement l’accepter, la vivre telle qu’elle est et donc la traiter comme il faut. La France est devenue une société composite. […]
Ce dissensus, ce choc interculturel est cause de la crise et du malaise que nous connaissons.
Lire aussi LUREL 1
Noël Mamère NI Gironde
Reconnaissons-le clairement : si cette loi ne sert pas la laïcité, elle alimente l’islamophobie ambiante en stigmatisant, une fois de plus, une fois de trop, les musulmans, c’est-à-dire une grande partie des jeunes issus de l’immigration – expression facile, expression écran pour « issus de nos anciennes colonies ».
Ainsi, M. Darcos, évoquant l’affaire d’Aubvervilliers, a déclaré avec des accents dangereux, le mardi 14 octobre, que si l’on n’aime pas la République française, il faut aller ailleurs. Il parlait pourtant de jeunes filles de nationalité française, dont les parents et les grands parents se sont battus pour la liberté de la France.
Cette loi, nous la récusons parce qu’elle contribue à renforcer la fracture coloniale dont notre pays a tant souffert.
Les conditions dramatiques de la décolonisation de l’Afrique du Nord et tout particulièrement de l’Algérie continuent de diffuser leur onde de choc dans la société française.
Des millions de personnes ont vécu ces événements dans leurs chairs : algériens immigrés, harkis, pieds noirs, juifs ou soldats du contingent français.
Des millions d’autres aujourd’hui, descendants des immigrés algériens, tunisiens ou marocains, en subissent toujours douloureusement les effets.
Il s’agit donc non seulement du passé de la France coloniale et de l’outremer, mais aussi de son présent.
La persistance d’un racisme post-colonial a pris en France une dimension particulière qui devient très intime et donc très violente et complexe pour ceux qui sont originaires d’Afrique du Nord et tout particulièrement d’Algérie.
Ils constituent aujourd’hui la majorité de la communauté musulmane de France.
Cette fracture coloniale, à l’origine du racisme anti-arabe, explique en partie pourquoi la question du voile est devenue récurrente dans notre pays alors que, dans le reste de l’Europe, le problème est traité plus sereinement.
lire aussi : MAMERE 1
Manuel Valls SOC Essonne
Trop d’incompréhensions et d’amalgames perdurent. La France n’a toujours pas fait le travail de clarification et de compréhension de son passé colonial.
Comment ne pas comprendre que ce flou perturbe le rapport entre notre pays et les citoyens issus de l’immigration ?
Un regard objectif doit être porté sur cet épisode de notre histoire nationale.
C’est un préalable à l’apaisement du débat et très certainement aussi l’occasion de redéfinir ce que doit être la voie de la France dans le monde.
La sémantique jonglant entre immigrés, intégration, musulmans, Maghrébins, Français issus de l’immigration, au gré des besoins du moment, empêche notre pays de s’accepter tel qu’il est, c’est-à-dire comme une terre d’immigration.
Cela crée des crispations qui se retrouvent dans la politique d’immigration française, complexée, presque honteuse, qui n’ose pas dire que l’immigration est aussi une chance pour la France, ce qui n’est pas contradictoire avec des politiques nationale et européenne de gestion de flux migratoires.
Lire aussi : VALLS 1 / VALLS 2
René-Paul Victoria UMP Réunion
Pourquoi ces questions « communautaristes » tiennent-elles une si grande place dans la France métropolitaine aujourd’hui ?
A mes yeux de « domien », ce questionnement se révèle d’autant plus incongru que la France se veut la dépositaire de valeurs universelles, humanistes, et le porte-parole privilégié des pays en voie de développement dans les instances communautaires ou internationales.
La France du XXIe siècle se sent-elle encore coupable soit d’avoir colonisé des peuples d’Afrique et d’Asie, soit de les avoir abandonnés un à un, tels des dominos ?
Comment peut-elle se réconcilier avec un chapitre si sombre et brutal de son histoire ?
Sans doute en acceptant enfin ce que son génie a produit de meilleur, à partir de la pire des injustices que furent la colonisation et l’esclavage.
Le meilleur, à la Réunion, terre française, c’est l’acceptation de la laïcité de l’Etat par l’ensemble des confessions.[…]
Il aura fallu des décennies pour [ …] surmonter les douleurs et réduire les fractures d’un passé mouvementé.
Le 20 décembre 1848 est symbolique à un double titre.
D’une part, il consacre un principe fondamental de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen voulu par les Conventionnels de 1789 : « Tout homme naît libre… ».
D’autre part, il a fait entrer La Réunion dans une dynamique interculturelle qui n’a pas cessé depuis.
C’est à partir de cet acte fondateur qu’a pu naître la société réunionnaise telle que nous la connaissons et telle que nous la vivons au quotidien.
L’abolition de l’esclavage portait en elle une avancée majeure sur notre chemin de la liberté, de l’égalité et de la fraternité : la loi de départementalisation de 1946, attendue par tous les Réunionnais, quelle que fût leur origine sociale, culturelle ou confessionnelle. Cet héritage commun n’est rien d’autre que notre culture.
Le génie de tous les Réunionnais, c’est d’avoir permis l’émergence d’une culture plurielle qui appartient à tous, sans que soit reniée l’identité de personne.