2003 / retraites : AMBIANCES au jour le jour

Le pourquoi et le comment de cette chronique

Le Compte-rendu intégral des débats ( 1800 pages !) permet de se faire une idée précise des positions des uns et des autres. Tel est l’objet de la rubrique « au fond » des chroniques à venir.
Mais, comme le fond et la forme vont de pair, je présenterai chaque jour un aperçu de l’« ambiance » des débats. Parfois cela sera un peu triste – décourageant ; parfois, ce ne sera pas triste ( d’ailleurs, Pourquoi faudrait-il que l’Assemblée fût triste ?)
I
l s’agira aussi, dans cette rubrique de ( tenter ) de comprendre comment et pourquoi, le président Debré – contre toute évidence … et contre sa propre majorité – va oser dire que « les débats ne sont jamais stériles »

Le contexte de 2003

L’UMP avait alors la majorité absolue. Jacques Barrot était président du groupe parlementaire ; c’était à Denis Jacquat que revenait la tâche de rapporteur ( principal ).

Jean-Louis Debré était président de l’Assemblée et c’est à sa persévérance que nous devons d’avoir eu un « vrai débat », ponctué certes de débordements en tous genres, mais assez soutenu pour que l’on puisse se faire une idée complète des données du (des ) problème(s), des différentes façons d’aborder ces données et de ( tenter ) de résoudre lesdits  problèmes.

Une grande partie des débats a été consacrée à la défense des innombrables amendements du groupe des « député-e-s communistes et républicains ». Ceux-ci se situaient délibérément dans une perspective radicale – laquelle perspective n’a pas changé à ce jour – : abrogation des mesures Balladur de 1993 ( en particulier durée de cotisation portée de 37,5 ans à 40 ans ), défense de la retraite à 60 ans …

Du côté des socialistes, Jean-Marc Ayrault, qui était alors président du groupe parlementaire socialiste, précise, dès le début des débats, quels sont les quatre points « essentiels »  sur lesquels, dit-il, « nous souhaitons avoir des échanges approfondis ». Ce sont : le niveau des pensions, la question de l’emploi, la pénibilité ( et l’espérance de vie ), le financement ( sa stabilité et sa pérennité qui, selon lui, ne sont pas garanties par la réforme ). Il apparaît donc que le principe de l’augmentation progressive de la durée de cotisation ( applicable au secteur public comme au privé ) n’est pas considéré comme un point « essentiel » … et, de toute façon – les communistes ne manqueront pas de le faire remarquer à plusieurs reprises – il n’est pas question, pour les socialistes, de revenir sur la réforme Balladur ( ce qu’ils auraient pu faire lorsque Lionel Jospin était premier ministre ) !

j01 (10 juin )
appels au consensus : théorie et réalités

Coté jardin : des appels … au consensus …

Le ministre : « Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, cette réforme devrait nous rassembler. » (Applaudissements à droite. – « Non » ! sur plusieurs bancs PC.)

… et au débat …

« – Le Premier ministre. Le débat est légitime. Je respecte les convictions des uns et des autres, …
Un député PS. Vous n’en avez pas !
Le Premier ministre. … et nous les écouterons. Nous sommes prêts à accorder à ce débat tout le temps nécessaire…
Plusieurs députés PS.Heureusement !
M. le Premier ministre.pour que chacun puisse dire ce qu’il a sur le cœur. Ce que j’ai sur le cœur moi, c’est que notre génération est face à son devoir : assurer l’avenir de la France.
(Vifs applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française, les députés du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et plusieurs députés du groupe Union pour la démocratie française se levant. – Le groupe des député-e-s communistes et républicains entonne L’Internationale. – Huées sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire, dont de nombreux députés entonnent alors la Marseillaise.)
– Le président. Nous ne sommes pas dans un cours de chant ! Je suspends la séance pour cinq minutes. »

Coté cour : on fait sonner la Marseillaise et l’Internationale !

Il n’est qu’à observer le graphisme du Compte-Rendu intégral (multiplication des parenthèses et des interpellations) pour se rendre compte que ces appels à consensus et au débat – à supposer qu’il fussent sincères ( !) – ont bien peu de chances d’être entendus. à priori, le tort est du côté de l’opposition : quelle idée d’entonner L’Internationale dans cette enceinte sacrée – consacrée à – la République !

Mais, quand on apprend que J.P. Raffarin vient , au cours d’un meeting, d’accuser les socialistes de « préférer leur parti à la patrie », on se dit que les torts sont partagés. Quelle idée a eu Jean-Pierre Raffarin de s’en prendre vertement  aux socialistes, juste après son intervention où il prêchait le rassemblement ?
« Je n’ai pas parlé de l’opposition. Elle n’en vaut pas toujours la peine. Nos adversaires, je crois, ont perdu le sens de la France, de l’intérêt général. Ils ont démotivé la France. Ils semblent préférer leur parti à leur patrie. »
C’est par une dépêche de l’AFP que les députés présents dans l’hémicycle ont connaissance de ces propos – tout à fait de circonstance !

Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste, monte à la tribune pour dire son indignation :
« Voilà des propos dignes des années trente. […] Nous n’avons pas à nous justifier. Nous aimons la France autant que vous. […]
Nous croyons à la différence entre la droite et la gauche, mais nous savons, en cas de besoin, prendre nos responsabilités, défendre l’intérêt général, l’intérêt national. (Rires et exclamations à droite.)
Notre histoire, nos engagements, à nous et à beaucoup d’autres qui nous ont précédés, sont là pour le prouver. » (Protestations sur les bancs de l’UMP.)

Il ne faudrait pas croire qu’il s’agisse là d’un simple dérapage, d’un simple accident. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. François Fillon n’avait-il pas évoqué, lors d’un débat sur les 35 heures (1° séance du 2 octobre 2002 / http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2002-2003/20030003.asp#PG18) « le rôle et la responsabilité du Front populaire dans l’effondrement de la nation française elle-même » ! Ces résurgences du passé témoignent du fait qu’il existe incontestablement un fonds culturel de droite et un fonds culturel de gauche.

Mais il est un autre angle d’attaque qui tend à rendre le débat sinon impossible, du moins difficile et stérile. François Fillon ne cesse de répéter, tout au long de son intervention, non seulement que l’opposition n’a pas d’alternative … mais qu’il ne peut pas y en avoir. « Contrairement à ce que prétend aujourd’hui l’opposition, il n’y a pas 36 000 solutions pour maîtriser la révolution démographique. » « Si nous disons qu’il n’y a pas de véritable alternative à cette réforme [Interruptions.] c’est qu’il est objectivement difficile de concevoir un plan dont l’architecture soit radicalement différente. »

Cette question de l’existence ou non d’une alternative va être au centre des débats. Elle prend ici une tournure particulière dans la mesure où le débat parlementaire vient après négociation avec les partenaires sociaux , négociation ayant débouché sur un accord (partiel).

« – Le Premier ministre. Ce n’est pas le projet initial du Gouvernement, c’est un texte qui a fait l’objet d’une rédaction négociée avec les partenaires sociaux,…
Un député PS.
Ce n’est pas vrai !
Le Premier ministre.recueillant ainsi l’accord d’une majorité des organisations représentatives. (Applaudissements à droite. Protestations à gauche.)
– Un député PC
. Pinocchio ! (Protestations à droite .) – Le Premier ministre. Il est le fruit du dialogue social. – Un autre député PS. Seules deux organisations sont d’accord ! Comment pouvez-vous dire que la majorité des organisations représentatives est d’accord ? C’est quoi, une « majorité  » ?
Le président. Mes chers collègues, calmez-vous ! Nous allons passer de longs moments ensemble. »

Le fait que le gouvernement ait réussi in extremis à recueillir un avis favorable de plusieurs organisations syndicales (dont, on se rappelle – et on ne peut douter que, elle aussi, se le rappelle ! – la CFDT ) enferme le débat dans des contraintes telles que l’expression de cette alternative (de ces alternatives, car il y a plus que des nuances entre socialistes, communistes et Verts) va enfermer le débat dans des limites pré-contraintes, le gouvernement refusant systématiquement tout ajout qui modifierait le point d’équilibre trouvé avec les (certains des) partenaires sociaux.

 

 j02 ( 11 juin )
demande de vérification du quorum

 

 La motion défendue par Alain Bocquet va être mise aux voix. L’orateur demande une vérification du « quorum »

[Le principe est que « l’Assemblée est toujours en nombre pour délibérer » (art.61 du Règlement) …
… sauf si une demande de vérification du « quorum » est faite par le président d’un groupe. Dans ce cas, on vérifie qu’il y a bien la majorité absolue des députés qui sont présents « dans l’enceinte du Palais ».
Si le quorum n’est pas atteint (ce qui est pratiquement toujours le cas, lorsque la procédure est mise en œuvre), la séance est levée.]

Pendant les explications de vote, la quasi-totalité des députés socialistes quittent ostensiblement l’hémicycle, ce qui suscite :
… de vives réactions sur les bancs de la droite …
(« Déserteurs ! ».)

(Huées et claquements de pupitres)
…et une multiplication de « rappels au Règlement »
[ Je me contenterai ici de reproduire le résumé, tel qu’il est retranscrit dans les « Tables du J.O.Débats» ; mais je conseille vivement au lecteur qui veut se rendre compte de plus près de l’ambiance de se reporter au texte- même du débat / références dans le premier commentaire. ]

Rappel au règlement
M. Bernard Roman[PS] précise au président de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales que la vérification du quorum devant, aux termes de l’article 61, s’effectuer dans l’enceinte du Palais et non dans le seul hémicycle, le fait que certains députés aient quitté l’hémicycle est sans incidence sur les résultats : ce n’est pas du tout une manœuvre d’obstruction.

Rappel au règlement
M. Jacques Barrot[président du groupe UMP.] demande au président de séance de constater que des députés de l’opposition ont quitté l’hémicycle alors même que le président de l’un de ses groupes demandait la vérification du quorum ; accuse les députés en question de manœuvre frauduleuse
M. François Fillon [ministre] accuse les membres du groupe socialiste d’obstruction manifeste, en opposition avec la déclaration précédente de M. Roman.

Rappel au règlement
M. Bernard Roman justifie la demande de vérification du quorum par l’absence de cohérence de la majorité si celle-ci n’a pas un nombre suffisant de députés présents.

Rappel au règlement
M. Maxime Gremetz[ PC] estime que la demande de vérification du quorum est la contrepartie du refus de discuter de nombreux amendements présentés par son groupe, en invoquant l’article 40
[L’article 40 de la Constitution permet de ne pas mettre en discussion des amendements qui auraient pour conséquence soit « une diminution des ressources publiques » soit « la création ou l’aggravation d’une charge publique ». L’application de cet article a permis de passer à la trappe bon nombre d’amendements de l’opposition.]
Rappel au règlement
M. Bernard Accoyer blâme l’attitude des députés de l’opposition qui quittent l’hémicycle au moment même où ils demandent la vérification du quorum
Rappel au règlement
M. Jacques Barrot interroge le président sur l’interprétation de l’article 61 du règlement relatif au recensement des présents lors d’une vérification de quorum ;
M. François Baroin rappelle que selon une décision du Bureau du 18 décembre 1980 le quorum est vérifié dans l’hémicycle et non dans l’enceinte du Palais
Rappel au règlement
M. Jean-Pierre Brard[apparenté PC ]considère qu’évoquer « l’heure des vêpres » * quand M. Jacques Barrot prend la parole n’a rien d’insultant et ajoute que l’absence d’un grand nombre de députés de la majorité signifie qu’elle ne soutient pas le Gouvernement
*« – M. le président. La parole est à M. Jacques Barrot, pour un rappel au règlement.
« – M. Jean-Pierre Brard. C’est l’heure des vêpres ! »
[ J.Barrot a fait ses premières armes en politique avec les démocrates chrétiens. ]

Le quorum, évidemment ne sera pas atteint. La séance sera levée. Le vote sur la question préalable aura lieu à la séance suivante (séance de nuit).
Dans les jours qui vont suivre, le PC demandera la vérification du quorum à 7 reprises.

 

j03 ( 12 juin )
2000 amendements déclarés d’emblée irrecevables
( ou des effets pervers de l’article 40 de la Constitution)

2000 amendements déclarés d’emblée irrecevables ( des effets pervers de l’article 40 de la Constitution)

Effectivement , le « travail parlementaire » proprement dit – celui qui porte sur les amendements – va pouvoir commencer.
Mais les affaires s’annoncent mal.

Au cours de la deuxième séance – dite « séance de nuit » ( la séance sera levée à « une heure quarante-cinq », précise le Compte Rendu … ce qui, somme toute, apparaîtra comme une heure raisonnable , à défaut d’être l’heure de la raison !) – une bonne partie de la discussion va porter sur « l’article 40 », ce fameux article de la Constitution qui interdit aux parlementaires « d’aggraver la charge publique » et au vu duquel le président de la commission des Finances, Pierre Méhaignerie, a déclaré irrecevable quelque … 2.000 amendements.

Parmi les amendements refusés, beaucoup des sont d’origine communiste.
… d’où la réaction de Jean-Pierre Brard et d’Alain Bocquet, le président du groupe.

« – J.P. Brard. Inutile de proclamer devant les médias et l’opinion qu’on prendra le temps qu’il faudra pour mener à bien la discussion, si c’est pour jouer en coulisses les Ravaillac et éliminer une grande partie de nos amendements ! »

« – A. Bocquet. La commission des finances se conduit comme la commission de la hache. (Exclamations UMP.) Tout y passe : nos amendements de propositions alternatives comme nos propositions de suppression d’articles ou encore nos demandes d’analyse, d’études et de rapports. C’est du jamais vu ! Après cela, M. le Premier ministre, la main sur le coeur, nous invite à avoir ici un débat démocratique, serein, sérieux. [ Interruptions.]
Vous vous dites impatients d’engager le débat, mais vous éliminez tout ce qui pourrait venir alimenter la discussion.

Avec cette méthode, comment voulez-vous avoir un débat digne, sérieux, et serein ? En réalité, il s’agit d’un véritable sabotage du travail parlementaire.
(Protestations UMP.)
– C. Boutin.N’ayons pas peur des mots !
– Une députée PC. Un 49-3 déguisé.

« – A. Bocquet. C’est un véritable sabotage du travail parlementaire digne du bal des faux-culs. (Protestations sur les mêmes bancs.)
– C. Boutin. Quel est le meilleur danseur ? »

En marge du débat :

G.Geffroy (UMP) :
« 
Monsieur le président, messieurs les ministres, madame la rapporteure, messieurs les rapporteurs, mes chers collègues, cinquante-trois ans, c’était l’âge moyen des membres de notre assemblée lorsque, il y a presque un an, elle a été installée dans ses fonctions.
Cinquante-trois ans, c’est aussi l’âge moyen des enfants du baby-boom.
 Ce symbole nous donne aujourd’hui non seulement une occasion inespérée, mais également une grande responsabilité : légiférer enfin sur l’important problème, la redoutable question des retraites, si longtemps oubliée, si longtemps méprisée. »

 
«  Les débats à l’Assemblée nationale ne sont jamais stériles .» (Debré )

 Les députés de droite commencent d’ailleurs à s’impatienter et à trouver que tout cela ressemble fort à de l’obstruction ou, en tout cas, que – si ce n’en est pas – cela lui ressemble fort :les débats ont … le goût (bon ou mauvais, à chacun de se faire une opinion !)  …  la forme (il n’est qu’à voir la multiplication des interruptions et des parenthèses dans le Compte Rendu intégral !)  … et la saveur ( insipide, diront les uns … mais, par moments – on est bien obligé de le concéder – ce n’est pas si inintéressant que çà !) … de l’obstruction.

« – Bernard Accoyer,rapporteur. Avec cet amendement qu’ils ont déposé 149 fois, les députés du groupe socialiste répètent à l’envi, en des termes strictement identiques, qu’il convient que le pouvoir d’achat de la retraite par répartition soit garanti. Or, tel est précisément l’objectif principal de la réforme que nous sommes en train d’examiner !
La manœuvre d’obstruction est grossière.
Alain Néri.Et c’est un spécialiste qui parle ! »
(allusion à certains débats de la législature – de débat sur les 35 heures, par exemple – au cours desquels Bernard  Accoyer  s’était révélé être un bon débatteur et/ ou obstructeur !)

Obstruction ou pas, la question fait débat …

… tant dans l’hémicycle …

«  – Jean-Yves Le Déaut.  Hier soir, Denis Jacquat  (porte-parole UMP dans le débat) a notamment indiqué, au nom de l’UMP, que les députés de l’opposition faisaient de l’obstruction.
– Plusieurs députés UMP.
Oui, c’est vrai !
Nicolas Forissier. Il a eu raison !
Jean-Yves Le Déaut.Comment pouvez-vous parler d’obstruction quand 150 députés s’efforcent de garantir le pouvoir d’achat des retraités, le système de retraite par répartition ? Il est évident qu’il n’y a pas obstruction !
Jean Leonetti. Mais si ! Même l’Humanité et Libération le disent !
– 
Jean-Pierre Grand. Vous alignez des mots, pas des solutions !
[ …]
– 
Jean-Michel Dubernard,président de la commission. Obstruction ou pas obstruction ? (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste.) Manoeuvres de retardement ou pas ? On peut interpréter comme on veut le rythme du débat, mais nous nous sommes tranquilles, nous avons tout le temps devant nous !
(« Nous aussi ! » sur les bancs du groupe socialiste.)
Cela dit, je m’interroge. Ne pourrions-nous pas tous faire un effort pour élever le débat ? (Applaudissements sur les bancs de droite.),…
– 
Jean Leonetti. Pour eux, cela sera difficile !
– Jean-Michel Dubernardpour le rendre un peu plus constructif ? (Applaudissements UMP)
– Henri Emmanuelli.
Avec vous ce n’est pas possible !
– M. Jean Leonetti. Et vous, vous n’avez pas de projet ! […]

… que en dehors de l’hémicycle …

En parcourant les dépêches de l’AFP, on apprend tour à tour que « M. Accoyer (UMP) fustige l’«obstruction caricaturale et désolante» du PS , que P. Devedjian, secrétaire d’Etat auprès de N.Sarkozy, a qualifié la « bataille» livrée à l’Assemblée nationale par la gauche contre la réforme des retraites d’ «obstruction stérile».

Alain Bocquet ( président du groupe PC) monte au créneau pour dire tout le mal qu’il pense de ces prises de position :

« – Alain Bocquet. Ecoutez, chers collègues de la majorité, il faut savoir ce que l’on veut. Depuis le début, avec les ministres qui sont ici, au banc du Gouvernement – dont vous-même, monsieur Fillon -, nous discutons, nous dialoguons, nous échangeons des arguments, et nous le faisons, sérieusement. D’accord ? [ ..]
Avouez quand même que sur un dossier aussi sérieux, dont l’enjeu est aussi important pour l’avenir de la société
– Richard Mallié.
Et de la France !
Alain Bocquet.et de notre civilisation, des propos de ce type sont très désobligeants, et inacceptables.
Je voulais le faire remarquer à l’Assemblée nationale
.
[ ..]
– Le président ( Jean-Louis Debré ).. Monsieur Bocquet, les débats à l’Assemblée nationale ne sont jamais stériles. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.)
– M. Michel Delebarre. Voilà une parole de président ! »

 Vraiment ?

Quand on entend de tels dialogues de sourds …

quand l’on voit une quinzaine de députés défendre tour à tour le même amendement (ce qui permet au groupe socialiste de tenir toute la matinée sur un seul amendement ) …
quand on voit se succéder les rappels au Règlement ( 5 à la 1ère séance, 11 à la 2ème , 4 à la 3ème ), les suspensions de séance ( 1  à la 1ère séance,  2 à la 2ème ,  1 à la 3ème ), sans oublier la (traditionnelle !) demande de vérification de quorum (qui a écourté la dernière séance) …

… il faut avoir, comme l’on dit,  la « foi du charbonnier » pour risquer une phrase comme celle-là : ( c’est Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée, qui parle )
«  Les débats à l’Assemblée nationale ne sont jamais stériles

( Pour éclairer le lecteur dans sa méditation sur ladite phrase, je rapporte ici les deux sens du mot « stériles » :
Premier sens  : « est stérile ce qui est exempt de tout  germe , de toute perturbation,  de  tout élément pathogène» !!!!
Deuxième sens : « est stérile ce  qui ne débouche sur rien, qui ne produit rien » !!!!
Après çà, il ne reste plus qu’à rechercher  ce qu’est « la foi du charbonnier » ( j’ai trouvé peu de choses là-dessus, mais il me semble me souvenir – que, justement, les charbonniers – profession dont je pense le plus grand bien –étaient des gens de peu de foi ! ) … et, en dernier ressort,  à se reporter à mon autre blog (références dans le premier commentaire) pour tenter d’approfondir le paradoxe. Vous y verrez que, selon moi, l’Assemblée ne fonctionne pas « malgré » les paradoxes, elle fonctionne « au » paradoxe ».)

 

j05 (14 juin )
« Ce n’est pas de l’obstruction, c’est une demande de débat ! » (Ayrault )

J.Barrot [ UMP] annonce une réforme à venir du Règlement 

Comme les jours précédents, les pages du Compte Rendu intégral sont remplies de parenthèses et d’interruptions – qui prennent souvent la forme de véritables dialogues pas forcément désagréables à lire.
(Je veux dire par là que ces échanges peuvent présenter, indépendamment de leur intérêt intellectuel, un certain intérêt dramatique.)

Jacques Barrot , président du groupe UMP, n’est évidemment de cet avis :
« Manifestement, il y a une volonté de retarder la discussion, et nos collègues communistes en sont d’une certaine manière victimes
»)
Il considère même que la procédure utilisée par les socialistes « ne pourra plus être acceptée à l’avenir ».

Hors Assemblée – ses propos sont repris par l’AFP – il précise sa pensée et fait référence à une règle qui était en vigueur lors de sa première élection à l’Assemblée, en 1967.
Cette règle « consistait à donner aux groupes une enveloppe de temps, qu’ils géraient comme ils voulaient », a-t-il expliqué, en précisant « que lorsqu’un groupe « avait épuisé son temps, ses amendements étaient mis au vote sans discussion ».
« Il serait logique qu’il y ait des enveloppes de temps », a-t-il insisté.
C’est ainsi que cette séance (la première du jour) qui, au premier abord, ne devrait pas rester dans les annales de l’Assemblée, est tout de même importante car c’est la première fois que l’UMP fait allusion à cette notion de temps programmé qui sera mise en oeuvre en 2009 avec la réforme du Règlement de l’Assemblée ( voir sur mon autre blog : La réforme du travail parlementaire : bonjour l’ennui ? )
Pour l’heure, lesdits échanges sont « intéressants » parce qu’ils mettent évidence deux aspects de la stratégie des députés socialistes.

En creux :
les socialistes refusent de dire qu’ils font de l’ « obstruction »
(« Ce n’est pas de l’obstruction, c’est une demande de débat ! ») 

« – Jean-Marc Ayrault (président du groupe PS). Je ne comprends pas les députés de la majorité qui n’interviennent jamais pour défendre le projet de loi. Ils regardent leur montre, pressés d’en finir, mais ne jouent pas leur rôle de parlementaires. (Vives protestations à droite.)
Car s’ils étaient vraiment convaincus par le projet du Gouvernement, ils monteraient à la tribune pour le défendre. (« C’est scandaleux ! » sur les mêmes bancs.)
– La présidente (Paulette Guinchard-Kunstler /PS).
Monsieur Ayrault !
Jean-Marc Ayrault. Non seulement ils prendraient la parole pour argumenter en réponse à nos interpellations, mais ils seraient beaucoup plus nombreux dans cet hémicycle. (Vives protestations sur les mêmes bancs.)
[…]
Jacques Barrot (président du groupe UMP).
Je demande la parole pour un rappel au règlement.
– La présidente.
La parole est à M. Jacques Barrot, pour un rappel au règlement.
Jacques Barrot. Je sais M. Ayrault respectueux de chaque député dans cette maison, quelle que soit son appartenance politique. J’ai moi-même, en tant que président de groupe – je ne m’en cache pas – demandé à mes collègues de ne pas intervenir dans le débat dans la mesure où, ce matin comme hier, il n’apporte pas vraiment un plus à la démocratie. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF. – Exclamations sur les bancs du PS.)
Augustin Bonrepaux.
Ah bon !
Jacques Barrot. Nous nous sommes exprimés au cours de la discussion générale. Nous recommencerons à le faire lorsqu’un dialogue normal reprendra entre l’opposition et la majorité. […]
Je demande donc à M. Ayrault de ne pas mettre en cause des députés de la majorité au motif qu’ils ne parlent pas, alors, que leur président leur a demandé de garder une attitude digne et de ne pas répondre aux provocations.
Augustin Bonrepaux.Ils sont baillonnés !
[…]
Jean-Marc Ayrault. Nous ne demandons pas que l’UMP garde le silence, comme l’y invite le président Barrot, mais qu’on nous donne des arguments et des réponses. (Protestations UMP.)
Jean-Michel Dubernard,
président de la commission. Je ne réponds pas à la provocation !
Jean-Luc Warsmann.Cessez l’obstruction, et le débat se passera normalement.
Jean-Marc Ayrault. Ce n’est pas de l’obstruction, c’est une demande de débat ! (Applaudissements sur les bancs du PS.)

 En relief :
les socialistes affirment que la réforme des retraites …
… c’est une affaire de « dosage » et d’ « équilibre » 

« M. Gaëtan Gorce. A la différence de notre rapporteur, le ministre a souhaité répondre à nos questions et engager un débat sur le fond. [ ..]
Monsieur le ministre, nous faisons tous le même constat, celui qui nous est donné par le COR [Comité d’orientation des retraites] , de la nécessité d’une réforme.

Nous savons que les solutions s’inscrivent dans un
équilibrequi passe entre l’allongement de la durée de cotisation, le montant des pensions et le recours aux prélèvements ou aux cotisations. Il s’agit moins de présenter un contre-projet que de proposer un dosage, et nous souhaitons que le débat sur ce dosage puisse s’engager.
Vous voulez, finalement, nous faire boire votre potion brute – l’allongement de la durée de cotisation – , alors que, nous, nous préférons un cocktail de mesures. Nous pensons que la réforme sera mieux acceptée, mieux comprise et plus efficace si l’on peut s’appuyer sur un ensemble de dispositions

Vous avez dit : une affaire de « dosage » …

… et nous imaginons les représentants de la nation, tels des chercheurs dans leur laboratoire, échangeant sur leurs expériences :
si on met « un peu plus de » cotisations, « un peu plus de » temps de travail, « un peu moins de » pension, on va bien réussir à trouver le bon « dosage », la bonne « potion » …
… oui, mais si on laisse la pension au niveau qui est le sien a aujourd’hui, il va falloir « jouer » sur les autres « paramètres » … et peut-être en faire entrer des nouveaux ( « un peu de » prélèvement sur … la valeur ajoutée, par exemple …) …
… et si l’on veut que le « cocktail de mesures » ainsi obtenu ne soit pas trop indigeste … ou trop explosif … il faut faire attention à ce que … il faut prendre en compte … etc …

Vous avez dit : une affaire d’« équilibre » …

oui … mais alors, ce n’est pas seulement d’« équilibre » entre des techniques qu’il s’agit … mais d’« équilibre » entre des finalités, des objectifs …
… où se situe, à un moment donné (compte tenu des évolutions de la société, de l’économie, des mentalités) – le « point d’équilibre » entre l’individu et le collectif, entre l’efficacité et la solidarité ? …
… où se situe le « point d’équilibre » – mais, là , je préfère parler du « point d’arrimage », c’est- à dire le point qui fait que cela tient, que cela se tient, que tout tient ensemble … … où donc se situe le « point d’équilibre », le « point d’arrimage »
entre générations,
entre les retraités et ceux qui travaillent,
entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas ou qui travaillent peu, qui travaillent par intermittence ? …
… où donc se situe le « point d’équilibre », le « point d’arrimage »
entre groupes socio- professionnels ( pour ne pas parler de « classes » ! ),
entre familles de pensée (pour ne pas parler de « partis ») ?

Oui, alors, il y a un réel enjeu au débat.

S’il ne s’agit que de bouger des « curseurs », alors il ne faut pas s’étonner que les intérêts catégoriels (pour ne pas dire « corporatistes » !) prennent le dessus.
Mais si l’on va au fond ( au fond de nos « désirs » et pas seulement de nos « intérêts » ), alors je dirai qu’il y a matière à débat .
Ainsi, quand Gaëtan Gorce parle de « dosage », je me tourne vers Michel Vaxès (PC) qui, lui, parle d’un « changement des conditions mêmes de la production et donc du type de croissance » …

…car c’est bien de cela qu’il s’agit .

Mais alors une question se pose : celle de savoir si ce discours « utopique » – en ce sens qu’il part de nos « désirs » – produit un effet politique et non pas seulement cathartique (on est content que cela soit dit).

 

j06 ( 16 juin )
« Quand cesserez-vous de chanter ce refrain selon lequel il n’y aurait qu’une seule solution : la vôtre ? » ( Glavany )

Seulement deux rappels au règlement , deux suspensions de séance, une vérification de quorum : deux séances quasi normales. A ce coup, il semble que le débat soit sur les rails.

Mais – serait-ce qu’il trouve que le débat manque un peu de « piquant » ? –
François FILLON ne peut s’empêcher de lancer quelques « piques » ..

…  à l’égard des communistes, par exemple …
« Si nous faisions de ce projet le véhicule de tout ce que le Parti communiste désire voir rejeté [en l’occurrence, il s’agit d’un amendement demandant de rejeter explicitement tout recours à la capitalisation] , nous alourdirions considérablement le code de la sécurité sociale. La loi doit rester simple, concise et claire, elle doit être affirmative, et l’article 1er est conforme à cette exigence. »

… mais, le plus souvent à l’adresse des socialistes .

« – Le ministre. La difficulté avec le parti socialiste, c’est qu’il n’a pas de propositions à faire. (« Très juste ! » et applaudissements sur les bancs de l’UMP.) […]
– Jean Glavany. Et ça continue !
Manuel Valls. Cela suffit !
– Le ministre. Vous n’avez pas de projet alternatif. (« Eh oui ! » sur les bancs de l’UMP.)
Denis Jacquat. C’est la réalité !
– Le ministre. Et c’est pour cela que, dans ces conditions, il est difficile de discuter projet contre projet avec le parti socialiste ! (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.)
François-Michel Gonnot. Ça fait mal, mais ils l’ont cherché ! »

Plus tard dans le débat :

« – Jean Glavany [PS]. Vous savez très bien que le discours selon lequel la droite et la gauche, c’est pareil, qu’il n’y aurait pas de politique alternative, qu’il n’y aurait qu’une politique possible, qu’il n’y aurait qu’une réforme des retraites possible – la vôtre -, fait le jeu des extrêmes et de l’abstention ! (Exclamations sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)
– Bruno Gilles. La réforme des retraites ferait monter la cote du Front national ! On aura vraiment tout entendu !
– Jean Glavany. Mes chers collègues, quand on raconte à la France entière qu’une solution est possible, pourquoi voulez-vous que nos concitoyens aillent voter ?
Pourquoi voulez-vous qu’ils se réfugient dans autre chose que l’abstention ou qu’ils votent pour d’autres candidats que ceux des extrêmes ? La réalité, c’est qu’il existe deux projets !
[…]
Quand cesserez-vous de chanter ce refrain selon lequel il n’y aurait qu’une seule solution : la vôtre ? Quand accepterez-vous qu’une confrontation des projets pour nourrir le débat démocratique, contribuant ainsi à lutter contre l’abstentionnisme ou le vote pour les extrêmes ? »

j07 ( 17 juin )
le « talk-about » de la pénibilité
( à la façon deBruce Chatwin)

« J’ai visité récemment une entreprise de couturières qui travaille dans la lingerie …
« J’ai visité [aussi] des usines d’équarrissage… »
« J’aimerais attirer votre attention sur une catégorie professionnelle que je connais particulièrement bien. Les salariés de l’industrie agroalimentaire… »
« Je voudrais vous parler de la pénibilité due à l’effort physique, au stress, ou au rythme de travail. Je me permettrai d’ailleurs, de prendre un exemple précis, celui des urgentistes … »
« Et moi, je voudrais vous parler un peu de ceux qui travaillent dans les stations de sports d’hiver … »
« Je viens, comme beaucoup d’entre vous sans doute, d’une région où le travail manuel et physique est encore fortement présent … »
« Dans ce Nord, il y a encore, vous le savez bien, des ouvriers de la métallurgie, qui subissent la chaleur des fours, le bruit des usineuses, des aléseuses, des forgeuses, qui les brisent aussi … »
«  Dans ma circonscription, il y a encore de nombreux ouvriers textiles. qui font un bruit à rendre sourd dans une chaleur étouffante … »
etc.

Certains évoqueront même des souvenirs familiaux :

« Avez-vous déjà passé une journée, une nuit dans une usine au milieu des métiers à filer, des revideurs, des continues à filer, qui font un bruit à rendre sourd dans une chaleur étouffante ?
Non vous ne savez pas ce que c’est et vous ne pouvez pas en parler. Ça brise ceux qui travaillent là. Ce fut le cas de mes grands-parents et de mes parents qui sont morts, quelques mois après leur retraite. »
[Marcel DEHOUX]

« Permettez-moi de vous raconter une histoire, même si elle date un peu.
Cette histoire est celle d’un gamin de douze ans qui, une fois son certificat d’études en poche, a été obligé de descendre au fond de la mine. A l’époque, s’il ne l’avait pas fait, la mère et les sœurs perdaient le bénéfice du logement. Il a été victime d’un accident du travail. Il a souffert de la silicose, comme ses frères d’ailleurs. Il est mort avant l’âge.
Cet homme, j’en parle sans fausse pudeur, monsieur le ministre, c’était mon père. »
[Serge JANQUIN]

Les députés de droite trouvent cette évocation un peu longue et ne sont pas loin de penser qu’il s’agit purement et simplement d’une nouvelle manœuvre d’obstruction.
« Rires » et « Exclamations » émaillent le Compte rendu …

« Les pauvres ! » …
… « C’est pitoyable ! » …
… « C’est dramatique ! » …
… « C’est du Zola ! » …
… « Sortez vos mouchoirs : séquence émotion ! » …
etc.

… et Michel Bouvard de tirer la conclusion ( « une » conclusion !) de cette partie du débat :
« J’espère que ce soir ceux qui ont suivi ce débat n’auront pas été trop nombreux. (« Oh si ! » sur les bancs du PS.) On a envoyé, en effet, une image des métiers industriels, agricoles et techniques qui n’est pas la meilleure qu’on puisse imaginer pour favoriser le recrutement dans ces professions. »

Pour ma part, je me risquerai à proposer une autre lecture de ces interventions.

En effet, en parcourant ces pages du J.O.Débats, il m’est venu à la pensée une légende australienne racontée par Bruce Chatwin dans « Le chant des pistes » [1]:

il y est question des anciens du clan du « Python » qui décidaient, de temps en temps, de chanter, du début à la fin, tout le cycle de chants du clan.
Chaque membre du clan étant propriétaire d’un « chant » … et d’un « pays » (les deux formant une seule et même entité), l’un après l’autre, chaque « propriétaire » va chanter son « tronçon » de « pas de l’ancêtre ».
Il fallait que chacun le fît – et dans l’ordre – pour que le cycle de chants fût complet.
Tel est le rite du « walk about ».

Etant donné que, dans le cas de l’Assemblée, l’activité première des députés n’est pas de « marcher » (encore que … c’est fou ce qu’il y a comme déplacements lors d’une séance !) mais de « parler », je transcrirai le « walk about » en « talk about ».
( Lire sur mon autre blog
le « talk about » de la pénibilité )

Alors, ce qui fut sans doute, à l’origine, une manœuvre d’obstruction prend un sens différent et l’Assemblée se fait « parloir de la nation » ou « caisse de résonnance », pour reprendre l’expression du président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis DEBRE dans son discours d’investiture
( « En ce début de législature, je forme un vœu. Je forme le vœu que cet hémicycle, théâtre de tant de débats qui restent gravés dans la mémoire collective de notre peuple, soit, durant les cinq années à venir, la caisse de résonance ni outrancière ni complaisante de la société française d’aujourd’hui. »)

 

j08 (18 juin )
Un amendement ( UMP ) qui n’a duré … que le temps d’une dépêche !

  Nous sommes en début de séance : les députés débattent des amendements du groupe communiste relatifs à l’ISF.

« –
Pascal Terrasse.
Monsieur le ministre, le groupe communiste…
Bernard Accoyer,rapporteur. Et républicain !
Pascal Terrasse. … a raison de parler de ressources complémentaires.
D’ailleurs, je voudrais faire part d’une dépêche de l’AFP très intéressante selon laquelle un groupe de députés de l’UMP, qui disent en avoir marre d’entendre les plus libéraux d’entre eux s’exprimer dans le débat sur les retraites, souhaiteraient que l’on entende davantage les plus modérés, lesquels proposent de taxer le capital des sociétés.
Arnaud Montebourg. Enfin la vérité !
Jean Glavany. Ah, les gauchistes !
Pascal Terrasse. Je cite la dépêche :
 » Les seize démocrates, neuf députés et sept sénateurs, dont une dizaine ont tenu mercredi une conférence de presse à Paris, veulent faire passer l’impôt sur les sociétés «  – quel gros mot ! – …
Jean Glavanny. Quelle horreur !
Pascal Terrasse. » de 33,5 % à 34,5 %,«  ce qui rapporterait  » plus d’un milliard d’euros par an « .
Voilà, monsieur le ministre, ce qui se passe dans votre majorité.
Après dix jours de débats, certains commencent à comprendre le sens ultralibéral de votre projet de loi.
(Exclamations sur les bancs de l’UMP.)
Ces courageux, ces résistants, qui osent enfin parler, nous voulions les saluer !
(« Des noms ! » sur les bancs de l’UMP.)
Richard Mallié. Ils croient vraiment au Père Noël ! »

Il s’ensuit – évidemment ! – un tir de barrage du côté des patrons de la majorité.

Le ministre :
«Monsieur Terrasse, nous débattons d’un projet de loi. Nous ne sommes pas en train de commenter des dépêches d’agence !
[…]
Quant aux incohérences qui existeraient au sein de l’UMP, elles me paraissent assez peu nombreuses en comparaison de celles, innombrables, dont vous nous donnez le spectacle depuis cinq jours ».
(Applaudissements sur les bancs de l’UMP et de l’UDF.)

Un peu plus tard dans le débat, Jacques Barrot – le président du groupe UMP, celui qui a demandé à ses troupes de ne pas s’inscrire dans le débat sur les amendements [j05_14-juin-2003/ ambiances ] – va tenter de stopper l’agitation que l’opposition entretient sur cet épineux sujet :

« – Jacques Barrot. J’estime que chacun a ses responsabilités. Je m’efforce, pour ma part, de ne pas m’ingérer, ce qui serait bien malvenu (« C’est vrai ! » sur les bancs du PS et du PC.), dans les affaires du groupe communiste et du groupe socialiste. […]
Mais chacun chez soi et la démocratie s’en trouvera « sérénisée  » et bien gardée. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.)
Arnaud Montebourg. « Sérénisée  » ? Rassérénée plutôt.
– Jacques Barrot. Rassérénée si vous voulez. […]
Ce sous-amendement ne peut être que défendu par l’un des nôtres quand il l’aura déposé. Il ne s’agit pas de nier la liberté de chacun des députés.
Cela dit, je représente un groupe, au sein duquel il y a une majorité. Or celle-ci soutient la démarche du Gouvernement…
Eric Besson. On a compris !
Jacques Barrot. … et la vôtre, monsieur le ministre. Par conséquent, ne nourrissez pas d’espoirs inconsidérés, chers collègues de l’opposition, sur je ne sais quelle division en notre sein. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.)
Marie-Hélène des Esgaulx. Très bien ! »

Dans les faits – comme le lecteur doit s’en douter ! – l’amendement ne viendra jamais en séance.

Pourtant …

… le président de l’Assemblée, Jean-Louis Debré, avait mis tout son poids dans la balance …

« Le droit d’amendement est un droit personnel » avait-il rappelé. « Chaque député a le droit de déposer quand il le souhaite un amendement ou un sous-amendement . »
« Et je suis le gardien et le garant de ce droit, qui est un droit absolu »,
avait-il ajouté.

Pourtant …

… Alain BOCQUET, président du groupe communiste ( … et républicain !) avait essayé, de son côté, de faire prévaloir le « bon sens » … démocratique !

« Puisque notre débat porte sur ce point, j’aurais préféré que les choses soient dites ici et que l’échange ait lieu dans l’hémicycle plutôt que dans les couloirs de l’Assemblée, par journalistes interposés.
Ce débat est tout de même un débat de fond, et nous sommes là au cœur du problème. Nous aurions pu discuter largement dans cet hémicycle.
 »

Mais ce fut peine perdue … et débat avorté !

« Chacun pour soi » a dit Jacques Barrot …
… Et « Dieu pour tous » ?, serais-je tenté d’ajouter .
… ou alors, « Chacun pour soi » … « et les vaches seront bien gardées » ?

Mais finalement, je préfère mettre mes pas dans ceux du poète … et lancer à la cantonade :
« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » …
… « Est-ce ainsi que les citoyens apprendront le « vivre ensemble« , le « décider ensemble » ?…

Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans les débats parlementaires.

Un député ( de l’opposition  ) dit  :
« Les Français n’auront pas le choix si, par malheur, votre loi [c’est de retraite qu’il s’agit] , une fois votée, s’appliquait. ») …
… et la loi s’appliquera ( puisque la majorité la votera !) …

Mais avant que se produise la glaciation, il faut – il est importe ( oui, cela est « important », « essentiel » même ! ) que tout ce qui est à dire, par les uns et par les autres, soit dit.

Sinon, bonjour l’ennui (démocratique ) !

 

j09 ( 19 juin )
désaccords tous azimuts ( UMP/PS ; PS/PCF)

altercation UMP-PS
( à propos des femmes ) 

 « Quand Mme Zimmermann a commencé son intervention, j’étais à la buvette [Exclamations sur les bancs du groupe de l’UMP.] et, au risque de laisser refroidir mon café, je me suis concentré sur ses propos. […]
Mais Mme Zimmermann m’a tout de suite déçu, et j’ai recommencé à boire mon café. » [J.P.BRARD]

Il faut dire que Marie-Jo Zimmermann n’a pas fait dans le genre consensuel !

« – Le président.La parole est à Mme Marie-Jo Zimmermann.
– Marie-Jo Zimmermann. Monsieur le président, monsieur le ministre, je n’avais pas l’intention d’intervenir…
– François Liberti.Pourquoi vous justifier ? C’est bien d’intervenir !
– Marie-Jo Zimmermann.mais je crois important, après neuf jours de débats,…
– François Liberti.Et ce n’est pas fini !
– Marie-Jo Zimmermann.de dénoncer certaines choses.
Nos collègues socialistes, dans la discussion générale comme à l’occasion de l’examen des articles 1er, 2 et 3, n’ont eu de cesse d’utiliser les femmes pour essayer de démontrer que le projet du Gouvernement sur les retraites était un mauvais texte. […] Je souhaite mettre les choses au point.
[…]
Pendant près de vingt ans, mes chers collègues, vous avez été au pouvoir. Vous avez bien sorti des lois sur l’égalité professionnelle en 1983 et en 2001, mais, entre-temps, je suis désolée, vous n’avez rien fait. Aujourd’hui, le Gouvernement est prêt à travailler sur la question et la façon dont vous tentez d’utiliser les femmes est quelque peu scandaleuse. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.)[…]
Si les femmes sont dans cette situation, c’est tout de même parce que, pendant près de vingt ans, vous n’avez rien fait ! On peut toujours parler pendant les campagnes électorales, mais l’important, lorsqu’on est au pouvoir, c’est d’agir ! (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.)
Denis Jacquat. Très bien ! »

Et l’exposé – la plaidoirie, devrait-on dire – se termine sur le même registre :

« – Marie-Jo Zimmermann.Ce projet de loi contient donc de multiples avancées. Reconnaissez-le, au lieu d’utiliser les femmes pour chercher à démontrer qu’il ne résout pas les problèmes. De grâce, parlez enfin des retraites et cessez d’utilisez les femmes. Celles-ci ne vous en seront pas reconnaissantes !
– Denis Jacquat.Très bien !
– Marie-Jo Zimmermann. Cessez d’exploiter les femmes ! (Applaudissements sur les bancs de l’UMP. – Protestations sur les bancs du PS et du PC. )
– André Berthol.
Ça a un nom !
– Maxime Gremetz.
C’est le monde à l’envers !
– Jacqueline Fraysse. Ce sont les patrons qui les exploitent !
– François Liberti.
Le MEDEF !
– Marie-Jo Zimmermann. Pour notre part, et vous en êtes conscients, nous serons peut-être capables de faire en quatre ans ce que vous n’avez pas fait en près de vingt ans. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.) »

Inutile de dire que les socialistes – députés et députées solidaires – n’ont pas laissé passer une telle attaque sans réagir ! Mais la place me manque pour narrer plus avant leur réaction.

 Quand les communistes refusent
de s’associer à un accord PS/ UMP
portant sur le déroulement des débats.

Marie-Jo Zimmermann était-elle « en service commandé » comme l’affirme Catherine GENISSON ? je ne sais.

Toujours en est-il que son intervention se situe à un moment où les relations entre majorité et opposition sont des plus tendues (en fait, on connaîtra pire !).

Témoin, cet épisode.

Profitant – vraisemblablement – du fait que ce n’était pas Jean-Louis Debré qui présidait la séance – Jacques BARROT …
( J. BARROT est, je le rappelle, président du groupe UMP ; c’est lui qui avait demandé à ses troupes de ne pas s’inscrire dans la discussion / … et, de fait, Marie-Jo ZIMMERMANN fut l’un(e) des seul(e)s député(e)s UMP à intervenir de façon substantielle dans le débat )
… demande à Eric RAOULT [UMP], qui préside la séance , d’appliquer un article du Règlement (l’article 57) qui permet de limiter le nombre des intervenants sur un article .
Après discussion, Jean-Marc AYRAULT donne l’accord du groupe socialiste pour appliquer une telle procédure : ce ne sont plus vingt ou trente députés qui pourront prendre la parole les uns à la suite des autres, mais trois ou quatre par article.

Un tel accord n’est pas du tout du goût des communistes.

« – Maxime Gremetz. Je demande la parole pour un rappel au règlement.
Le président. La parole est à M. Maxime Gremetz, pour un rappel au règlement […]
– Maxime Gremetz. Je sais d’expérience, mesdames, messieurs, que l’on ne gagne jamais à se comporter comme vous l’avez fait. Vous avez le choix de vos armes, nous des nôtres. Nous savons nous servir de nos armes et vous verrez que vous n’y gagnerez rien, ni le débat non plus. Point à la ligne.
(Exclamations sur les bancs de l’UMP.)On en a souvent fait l’expérience !
Si vous avez décidé d’être muets comme des carpes, c’est votre affaire ! Si vous n’avez rien à dire, c’est votre affaire !
[…]
[Quant à nous], nous n’acceptons pas l’accord qui a été passé entre la majorité et une partie de l’opposition. On ne passera pas un accord derrière notre dos !
– Le président. Ce n’était pas un accord : c’était une interprétation du règlement !
– Maxime Gremetz. Afin que les choses soient claires, monsieur le président, je vous indique que les députés communistes se feront inscrire sur tous les articles. Vous déciderez de leur donner ou non la parole, et nous en tirerons les conséquences. »

 

j10 ( 20 juin )
du député « Cui-Cui » à la
« Ballade de Narayama »

 « l’ivresse de je ne sais quelles victoires »

Tout « compte » fait – toute chose ayant été « contée » car le Compte Rendu intégral des débats, c’est quelque part une (des) histoire(s) qui (est) sont contée(s) et mise(s) à la disposition des générations à venir – , l’ambiance en cette fin de deuxième semaine n’est pas si mauvaise que çà ! …
« – Gaëtan Gorce.
Il faut effectivement que, sur le plan social aussi, le débat soit pluraliste. Le MEDEF a eu tendance à diaboliser le COR. Mes chers collègues : y aurait-il « le diable au COR » ?(Sourires.)
Je pense que la réponse est non. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.)
– Le président [J.L.Debré]. Il faut bien que le COR exulte !(Sourires.) »

… bien sûr … on a eu, en séance, quelques échos pas très consensuels du congrès de l’UMP … mais on préfère en rire ! …

« – Pascal Terrasse. J’ai lu avec attention ce qui s’est dit cet après-midi au congrès de l’UMP : vous auriez gagné,…
– Christophe Caresche.
La revanche !
– Pascal Terrasse.vous nous auriez abattus, tel le matador égorgeant le taureau (Exclamations sur les bancs du groupe de l’UMP.)°
Le ministre [F.Fillon].Ah non, le taureau, on ne l’égorge pas !
– Le rapporteur [B. Accoyer]. C’est un mauvais  » aficionado  » : le matador n’égorge jamais le taureau !
– Pascal Terrasse.revenant sur toute l’histoire de la gauche.
– Pierre-Louis Fagniez.
On aura les oreilles !
– Pascal Terrasse. Vous aurez peut-être une oreille, peut-être deux oreilles, et peut-être même la queue ! (Exclamations sur les mêmes bancs.)
– Le président. Monsieur Terrasse, évitez ces comparaisons : vous choquez M. Valls ! (Rires.)

… bien sûr …  il semble bien qu’il y ait eu quelques accrocs à l’« accord » passé la veille] sur le fonctionnement des débats …
( sans compter la non-application d’un autre accord visant à terminer plus tôt ce vendredi 20 juin !)

« – Julien Dray. J’avais moi aussi entendu que, pour nous permettre de vaquer à nos occupations de parlementaires dans nos circonscriptions, nous arrêterions nos travaux aujourd’hui à vingt heures.
Mais il semble que certains, emportés par leur fougue, veulent, à la suite des réunions qui ont eu lieu cet après-midi, forcer le débat et imposer à l’opposition de courber la tête

(« Non ! » sur plusieurs bancs de l’UMP.), et peut-être même l’humilier. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe de l’UMP.)[…]
A partir du moment où une autre logique est suivie, et où certains sont saisis par l’ivresse de je ne sais quelles victoires qu’ils croient avoir remportées,…
– Jean-Yves Besselat.C’est complètement faux ! Il n’y a pas de victoire !
– Julien Dray.à partir du moment où ils ont le sentiment qu’ils sont sur le point de l’emporter, la nature de la discussion change et la courtoisie que nous avons manifestée tout au long de ces débats n’est plus de mise.
– Jean-Yves Besselat. C’est la France qui doit gagner ! » ( C’est beau comme l’antique !)

 le député « Cui-Cui »

… bien sûr un député – le même Monsieur BESSELAT …
( peut-être ce dernier était-il mécontent d’avoir été mis d’astreinte dans l’hémicycle, alors que la majorité de ses collègues s’égayait dans cette assemblée , oh combien plus attrayante ! du congrès de l’UMP !)
…  s’est-il permis, nous indique le Compte Rendu, d’ « imiter la voix de Mme FRAYSSE » (  en fait, nous disent les députés de l’opposition, de faire « Cui-cui »)

« -Jacqueline Fraysse [PC]. Nous assistons, pour la première fois de notre histoire, à une tentative de faire tourner la roue du progrès à l’envers […]
Jamais les hommes et les femmes de ce pays n’accepteront que les progrès scientifiques les amènent à travailler jusqu’à soixante-quinze ans et jettent les jeunes au chômage !
(Exclamations sur les bancs du groupe de l’UMP.)
Mais enfin, c’est le b-a ba, c’est le bon sens ! Ayez au moins du bon sens, si vous n’avez pas de cœur, si vous n’avez rien d’humain !(Exclamations sur les mêmes bancs.)
(M. Besselat imite la voix de Mme Fraysse. – Vives exclamations sur les bancs du groupe des député-e-s communistes et républicains et du groupe socialiste.) »

[Pour connaître la suite de ce glorieux ( ?) épisode (Je rassure le lecteur : il semble que notre héros ait été prié par ses collègues d’aller « faire cui-cui » ailleurs … au congrès de l’UMP ?)

 

  la « Ballade de Narayama »

Tout compte fait – toute chose ayant été « contée » – après deux semaines de débat âpre et déroutant, ils sont encore capables de faire de l’humour, nos députés … surtout quand Jean-Pierre BRARD se met de la partie

« -Jean-Pierre Brard.
Vous vous rappelez peut-être, mes chers collègues, ce beau film japonais, la « Ballade de Narayama  » de Kurosawa, qui se termine par le choix de la tradition. Vous nous y poussez d’une certaine manière, et avec moins de talent que Kurosawa.
– Jean-Pierre Blazy. Certainement.
– Jean-Pierre Brard.
En effet, que se passe-t-il à la fin de ce film ? Une vieille femme, pour ne plus être à la charge de sa famille, finit par convaincre son fils de l’emmener, là haut, dans la montagne, afin d’y mourir. En obligeant au travail forcé rallongé, vous êtes dans une logique qui est certes moins artistique que celle de Kurosawa, mais qui s’y apparente.
[…]
– Le ministre. Je souhaite simplement rectifier une erreur de M. Brard : l’auteur de ce film n’est pas Kurosawa mais Imamura. (Sourires et applaudissements sur les bancs de l’UMP.)
Le président.
Monsieur Brard, on ne va pas lancer un débat sur le cinéma. Connaissant bien ce film, je pense que M. le ministre a raison.
– Jean-Pierre Brard.Je tiens à exprimer…
– Le président.Vos regrets ?
– Jean-Pierre Brard.non, ma gratitude car non seulement M. Fillon est l’élu d’une région où l’on trouve d’excellents produits du terroir (Sourires) mais, grâce à ses références culturelles, il enrichit également le débat. Je vous en suis d’autant plus reconnaissant, monsieur le ministre, que vos soutiens dans cet hémicycle sont peu nombreux à participer à cet échange culturel ! (Sourires.)

( Et,vlan ! passe-moi l’éponge ! … Avec Jean-Pierre BRARD, qui s’y frotte, s’y pique !)

 

j11 ( 23 juin )
« On est en train de ridiculiser l’institution parlementaire. » ( Fillon )

 Début de séance mouvementé :
Alain BOCQUET[PC] fait un rappel au règlement qui n’a – a priori – pas grand-chose à voir avec le sujet des retraites, puisqu’il parle de l’arrestation de José Bové (pour une affaire de destruction de maïs transgénique). Le président de séance – François BAROIN – lui coupe la parole.

Plus tard, le même Alain Bocquet lira une lettre demandant à Jean-Louis DEBRE de venir présider la séance.
Bonjour l’ambiance !

Et ce n’est pas fini !

Robert PANDRAUD – sans doute « de mèche » comme l’on dit avec le président de séance – demandera que l’Assemblée soit consultée pour clore la discussion sur l’article 11, alors qu’il restait un grand nombre d’orateurs (de l’opposition) inscrits.
(La procédure était prévue dans le Règlement, mais pratiquement jamais appliquée.)

Réponse du « berger à la bergère » (toute correspondance entre le genre masculin/ féminin et le couple droite/ gauche ! ne pouvant être que fortuite !) :
la séance sera levée dans la nuit juste avant le vote de l’article 12 , le groupe communiste ayant demandé la vérification du quorum (ce qui n’était pas arrivé depuis plusieurs jours !)

François FILLON prendra la parole pour déclarer avec solennité :
« Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, je voudrais, au moment où cette séance va être levée, constater que nous sommes en face d’un blocage caractérisé du travail parlementaire. (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.) […]
Depuis le début de cet après-midi, nous avons assisté à un blocage, blocage par l’utilisation systématique des scrutins publics, le groupe communiste allant même jusqu’à reprendre des amendements de l’opposition pour voter contre.

Je pense qu’il faut que l’opinion publique sache désormais ce qui se passe dans l’enceinte du Palais-Bourbon
(Applaudissements sur les bancs de l’UMP.), comprenne qu’on est en train de ridiculiser l’institution parlementaire. C’est ce que je voulais dire avant que cette séance ne se termine. »
(De nouveau : applaudissements sur les bancs de l’UMP.)

Nous sommes loin de ce que disait Jean-Louis DEBRE lors de cette fameuse séance du « vendredi 13 »: « Les débats ne sont jamais stériles. »

Changement effectif d’ambiance ?
volonté de dramatiser la situation ?
ou lecture différente d’évènements identiques (et du rôle des débats) ?

 

j12 ( 24 juin )
« Ne réveillons pas l’UMP qui dort ! » ( Gremetz )

Ce n’est pas parce qu’il y a des points d’accords partiels – mais non aboutis – qu’il faut se figurer un hémicycle travaillant avec sérénité.
Loin de là !
Et, comme cela s’est produit à deux reprises (
j01_10-juin-2003 [attaque de J.P.RAFFARIN contre les socialistes qui « semblent préférer leur parti à leur patrie » ; j04_13-juin-2003 [ P. Devedjian a qualifié la « bataille» livrée à l’Assemblée nationale par la gauche de « stérile »], c’est une dépêche de l’AFP qui va servir de détonateur.

« – Le président [J.L. Debré ]. La parole est à M. Alain Bocquet, pour un rappel au règlement.
Alain Bocquet. Je viens d’entendre le président du groupe de l’UMP, M. Barrot, déclarer sur une chaîne de télévision, à l’issue des questions au Gouvernement, que l’opposition occultait le débat par des digressions, bavardages et retardements divers,…
Jean Marsaudon
. Exact !
Alain Bocquet.ce qui pouvait conduire à bloquer l’institution parlementaire. »

Dans un premier temps, va se créer une sorte d’alliance entre les députés communistes et Jean-Louis DEBRE:

« – Alain Bocquet. Comme vous l’avez si bien précisé ce matin lors de la conférence des présidents, monsieur le président, notre attitude n’est pas excessive.
Dominique Dord.
Oh non, cela se saurait ! […]
Alain Bocquet.
Monsieur le président, on constate, sous votre présidence, une sérénité et une efficacité dans le travail, qui sont appréciables. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. […]
Le président.
Monsieur Bocquet, n’en faites pas trop ! Vous me mettez mal avec mes propres collègues ! (Rires.)
Alain Bocquet.
Ce n’était pas mon intention !
Le président.
Avec vous, je me méfie toujours, mais je vous remercie de vos compliments.
Alain Bocquet. Puis-je souhaiter que vous présidiez toutes les séances sur le dossier des retraites ? »

Deuxième temps : Jean-Louis DEBRE n’ayant pas donné suite à cette demande, c’est Marc-Philippe DAUBRESSE [UMP] qui préside la séance.
Cela ne se passe d’ailleurs pas trop mal … jusqu’à ce que …

« – Le président.Quel est l’avis du Gouvernement ?
Le ministre. Avis défavorable.
Le président.
Je mets aux voix…
Maxime Gremetz. Non, monsieur le président, je veux répondre au Gouvernement.
Le président.
Vous avez demandé la parole trop tard, monsieur Gremetz.
Maxime Gremetz.
Ne vous amusez pas à cela, monsieur le président ! […]
Le président.
J’ai lancé le vote.
Maxime Gremetz. Faites comme vous voulez, mais je vous préviens que cela aura un coût ! » […] Si ça continue, nous demanderons des scrutins publics. Ils seront contents comme cela, nous ne parlerons pas. […]
Claude Goasguen.
Terroriste !
Maxime Gremetz.Qu’est-ce qu’il a dit ?
Plusieurs député-e-s du groupe communiste et républicain. « Terroriste »» ! »

Claude GOASGUEN a beau tenter de minimiser son propos, il en faut moins que cela pour enflammer le débat. « Il ne faut pas rire avec cela. » lancera, menaçant, Maxime GREMETZ, lequel adore ces situations paroxystiques.

Troisième temps : il reviendra encore à Jean-Louis DEBRRE de calmer les ardeurs des uns et des autres.

« – Le président. Ces amendements sont-ils défendus, monsieur Gremetz ?
Maxime Gremetz.Rien n’est défendu, tout doit se défendre ! Pied à pied !
Bernard Accoyer,rapporteur. Encore faut-il que ce soit défendable !
Maxime Gremetz.Parce que ces amendements ne seraient pas défendables ?
Le président.Monsieur Gremetz, ne vous laissez pas interrompre ! Je suis le seul à pouvoir le faire.
Maxime Gremetz.Vous avez raison, monsieur le président. J’ai déjà dit que ça se passait bien quand vous présidiez.
Philippe Auberger.Flagorneur !
Pierre Lellouche.C’est de la lèche !
Maxime Gremetz.Vous, vous ne m’auriez pas laissé traiter de terroriste.
Denis Jacquat.De terroriste intellectuel !
Le président. Il n’y a pas de terroriste dans cet hémicycle ; poursuivez, monsieur Gremetz. »

« Ne réveillons pas l’UMP qui dort ! »

Mais rien n’y fait ! Personne – pas même Jean-Louis DEBRE – ne peut empêcher Maxime GREMETZ d’envoyer des piques à ses collègues de l’UMP.

« – Maxime Gremetz.Vous trépignez sur vos sièges. Argumentez donc ! Ayons un débat !
Alain Néri.Ils sont muets !
Maxime Gremetz. Vous ne parlez pas parce que vous avez un sparadrap collé sur la bouche. Mais vous savez que nous avons raison. Vous nous approuvez mais vous ne pouvez pas le dire. (Protestations sur les bancs de l’UMP.) »

Il faut dire que ce doit être dur, pour eux, d’en être réduits à jouer les « figurants » (« J’ai compté tout à l’heure : l’hémicycle compte pas moins de soixante-douze figurants. ») dans une pièce que l’on pourrait intituler « La majorité silencieuse ».
Une des difficultés du rôle tient d’ailleurs au fait qu’il est facile de passer du silence au sommeil (ceux qui ont pratiqué l’hypnose le savent bien !).
Pour preuve :

« – Pascal Terrasse.Monsieur le président, certains de nos collègues font dodo.
Nadine Morano. Où çà ?
Pascal Terrasse
. Ils sont trois ou quatre.
François Hollande. Ne réveillons pas l’UMP qui dort !
Le président. Monsieur Terrasse, poursuivez, je vous prie, et, surtout, ne les réveillez pas ! (Sourires.)
[…]
Alain Néri.
Ron-ron !
Le président.Monsieur Néri, nous sommes à la Chambre.
Alain Néri. Monsieur le président, je ne vous le fais pas dire : un de nos collègues nous en donne la preuve ! (Rires.)
Le président.
La parole est à M. Maxime Gremetz.
Maxime Gremetz. Nous sommes à la Chambre, monsieur le président, donc il faut se réveiller. »

J13 ( 25 juin )
Le président ( Jean-Louis Debré ) semble être le seul
à pouvoir maîtriser la fougue de Maxime Gremetz

Les communistes – comme on l’a vu – sont très présents dans le débat. Toutes leurs interventions ne sont pas aussi sérieuses, approfondies que le laissent entendre les courts extraits publiés ci-dessus. Maxime GREMETZ continue à provoquer la « majorité silencieuse » UMP .
« – Maxime Gremetz.
Ils sont impatients et je les comprends : se taire en permanence, ce n’est pas facile. Moi-même, je ne pourrais pas !
François Goulard.On avait remarqué !
Maxime Gremetz. Je vous avoue que je vous admire, mesdames et messieurs de la majorité. (Rires.)
Vous aurez la médaille du mérite national ! Quatre cents députés de la majorité à qui l’on a dit d’être là mais de se taire ! Quel mérite, en effet !

Le président.Monsieur Gremetz, sur ce point, je suis d’accord avec vous.
[…]
Bernard Accoyer, rapporteur. Ce que vous dites est ridicule, monsieur Gremetz ! Il y a des limites !
Maxime Gremetz.Oh, la colère commence à venir !
[…]
Jean-Pierre Brard. Il faut faire une prescription au docteur Accoyer !
Maxime Gremetz. Docteur Accoyer, je ne vous avais jamais vu dans cet état-là, même quand vous étiez dans l’opposition ! Seriez-vous en train de perdre votre sang-froid ?
Le président. Monsieur Gremetz, abordons le fond du débat ! »

Le président Jean-Louis Debré semble être le seul à pouvoir maîtriser la fougue de Maxime GREMETZ .

Mais, à droite, cette collusion entre le président et les communistes n’est pas du goût de tout le monde – en particulier pas du goût du rapporteur :
« – Maxime Gremetz.
Je n’ai jamais vu une majorité godillot de la sorte.
Bernard Accoyer
, rapporteur. Monsieur le président, il ne faut pas laisser dire cela.
[…]
Le président. Je demande simplement aux orateurs du groupe communiste et républicain de faire court. J’ai une interprétation du règlement qui ne fait pas l’unanimité… »

J14 ( 26 juin )
«Ce n’est plus une assemblée, mais le salon des arts ménagers ! »

Qui dit « abcès de fixation » ne dit pas forcément pleurs et grincements de dent. Il est d’autres façons de se dire les choses . Pourquoi faudrait-il que l’Assemblée fût triste !
Extraits du débat

Des « fourneaux » … on en vient naturellement ( !) à parler « pâtisserie » …

« – J.P.Brard. C’est comme quand on fait de la pâtisserie, monsieur Jacquat. Vous êtes ORL. Moi, j’occupe le siège de Jacques Duclos, qui était pâtissier.
– Le président [J.L.Debré]. Et vous êtes dans le pétrin ! (Rires.)
– J.P.Brard. Justement pas !

X. Bertrand. Mais vous nous roulez souvent dans la farine ! (Sourires.)
– J.P.Brard Je prends cela comme un hommage, monsieur Bertrand.
En pâtisserie, il faut savoir séparer le jaune du blanc. Et, de ce point de vue, vous faites de mauvais gâteaux car vous nous replongez en arrière.
– A. Schneider. Avec vous, ce n’est pas de la tarte ! (Rires.)
J.L. Warsmann. C’est même plutôt laborieux ! »

… « phares à longue portée » …
( Vous ne voyez pas le rapport ? Patientez, çà va venir !)

« – J.P.Brard. Monsieur le ministre, dans un ouvrage célèbre intitulé  » Nous sommes tous des régionaux« , le Premier ministre [c’est de Jean-Pierre RAFFARIN qu’il s’agit] écrivait :
 » L’homme politique doit éclairer, autant que faire se peut, l’avenir de ses administrés avec des phares à longue portée. «   (Rires sur les bancs du groupe socialiste.)
Phrase profonde que je vous vois noter, sans doute pour qu’elle soit gravée dans le marbre !

[…]
– Le ministre [J.P.Delevoye]. Monsieur Brard, les phares de longue portée peuvent quelquefois éblouir. Même vous qui, à la place de Jacques Duclos, cultivez en politique le principe d’être une bonne pâte, mais de ne pas hésiter à faire monter le levain, ce qui, pour notre plaisir personnel, vous inspire souvent des propos croustillants… ( » Oh !  » sur de nombreux bancs.)
– J.P.Brard. Très bien !

– Le président [J.L.Debré] Du pétrin au levain et à la pâte croustillante, vous filez remarquablement la métaphore, monsieur le ministre, et nous sommes au cœur du débat ! (Sourires.)
Vous nous inspirez, monsieur Brard. Nous allons former une académie ! »

… et sur la lancée, il sera question de dentelle…

Le même J.P.RAFFARIN ne disait-il pas :
« Finalement, la politique, c’est souvent de la dentelle : il faut tenir compte des avis des uns et des autres . »)

… de « point de croix » …

… ce qui, tout naturellement là encore ( !) , nous amènera à évoquer le « chemin de croix » et le « Golgotha » …
« – J.P. Brard.
Pour certains, c’est plutôt le chemin de croix, qui monte au Golgotha ! (Rires.)
D. Jacquat. Et la laïcité ! »

Mais, revenons-en, une bonne fois pour toutes, à nos « fourneaux » …

« – Le ministre. Monsieur Brard, même si aujourd’hui nous sommes tous aux fourneaux, il faut éviter d’être à côté de la plaque. (Sourires.)
J.P. Brard. Belle tentative, monsieur le ministre !

A. Schneider. Ce n’est plus une assemblée, mais le salon des arts ménagers !
Le ministre. D’autant plus que le courant était en train de passer… (Sourires.) Quant au chemin de croix, il convient de distinguer ceux qui cherchent à crucifier de ceux qui veulent ressusciter. (Mêmes mouvements.)
Le président.
J’ai bien fait de venir ce matin !
G. Tron. Nous aussi ! »

j15 ( 27 juin )
un incident révélateur

 Nous avons assisté lors de la dernière chronique  à un « festival » d’humour animé par Jean-Pierre BRARD, avec l’aimable complicité (pour reprendre la formule consacrée) du président de séance, Jean-Louis DEBRE et du ministre, Jean-Pierre DELEVOYE (« Nous allons former une académie ! »)

A la suite de quoi, Jean-Michel DUBERNARD,président de la commission ne peut s’empêcher de s’exclamer : « C’est tout de même plus élégant que du Gremetz. »

Maxime GREMETZ,  c’est sans aucun doute l’un des députés qui s’est le plus investi dans le débat sur les retraites.
(Il s’est vanté plusieurs fois d’avoir passé ses jours et ses nuits dans l’enceinte de l’Assemblée – il y dormait dans un sac de couchage, paraît-il – contraignant ses collaborateurs à une présence quasi continue, ce qui lui vaudra un recours en prud’hommes de la part des dits collaborateurs.)

GREMETZ l’artificier, le provocateur, la terreur (un jour, un député de droite l’a traité de « terroriste » … je ne vous dis pas le carnage qui a suivi !)

Ce jour, c’est le président de séance lui-même qui va faire les frais de la verve intarissable de « Maxime » .
Or, il se trouve que le président de séance n’est autre que Jean LE GARREC – un vétéran de l’Assemblée, membre éminent du PS, ancien ministre …

A plusieurs reprises, Jean LE GARREC [PS], qui préside la séance, tente de ramener M.GREMETZ sur ce qui fait l’objet du débat :

«  M. le président. Monsieur Gremetz, voulez-vous continuer, je vous prie ? »

« M. le président. Monsieur Gremetz, venez-en au fond ! »

Maxime GREMETZ ne l’entend pas de cette oreille :

« M. Maxime Gremetz. Je dis ce qui me plaît, monsieur le président. Vous n’allez quand même pas me dire ce que je dois dire ! J’ai le droit d’utiliser mes cinq minutes comme je l’entends, je peux dire ce qui me plaît, même la pire des bêtises...
M. Jean-Claude Lenoir.
De toute façon, vous ne vous en privez pas !
M. Maxime Gremetz.
… ce que je ne fais pas.
Vous n’avez rien à dire, et surtout pas à juger. (Protestations sur les bancs de l’UMP.)

Plus tard dans le débat :

«  M. le président. Vous avez la parole pour défendre ces amendements, non pour faire des remarques sur ma présidence ! (Applaudissements sur les bancs de l’UMP.)
M. Maxime Gremetz. J’en ai pourtant le droit !

[…]
 M. Maxime Gremetz Monsieur le président, un député de la majorité me tourne le dos ! Vous ne faites rien respecter ! […]
Vous permettez tout à droite et rien à gauche ! (Exclamations sur les bancs de l’UMP.) Si c’était moi qui l’avais fait, vous auriez été le premier à m’envoyer un huissier. »

Jean Le GARREC ne sait plus à quel saint se vouer.

« M. le président.  Monsieur Gremetz., vous êtes terrible !
M. Maxime Gremetz. C’est scandaleux ! Vous êtes pire que les autres ! »

Cet accrochage avec Jean LE GARREC est à mettre en relation avec les différents, les divergences, les flottements (je ne sais lequel de ces termes correspond le mieux à la réalité ) que nous avons observés au sein de la gauche.
Sa violence laisse entendre, d’une part, que ce n’est pas le premier affrontement entre les deux hommes – qui sont tous les deux des assidus de la bataille parlementaire – et, d’autre part, qu’il y a un passif sérieux entre les socialistes et les communistes.

Le passif ne porte pas seulement sur le passé …
( nous avons déjà parlé de la non-abrogation de la réforme de 1993 ; on pourrait aussi évoquer cet autre affrontement – correct sur la forme, mais très violent sur le fond  – entre Jacqueline FRAYSSE et Pascal TERRASSE à propos du statut de l’élu – thème que les socialistes avaient refusé d’inscrire au débat, malgré une proposition de loi socialiste)

… mais aussi sur la stratégie adoptée dans le débat.

Au départ, les socialistes avaient décidé de mettre le paquet sur quelques thèmes  ; sur ces thèmes, ils étaient une quinzaine à intervenir pour chaque amendement, ce qui laissait peu d’espace pour les communistes.
Par la suite, il a été fait état d’un accord entre le PS et l’UMP  visant à restreindre l’ampleur des interventions ; les communistes n’ont pas du tout accepté cet accord. Mais, à partir de là, ce sont eux qui ont assuré le tempo et, à mon avis, permis que les débats aillent vraiment au fond. Même avec – grâce à (?) – la violence symbolique des propos de Maxime GREMETZ

j16 ( 30 juin )
séance de nuit :  il faut avoir connu l’Assemblée au petit matin
ou « la paix des braves »

Il est minuit. Le président – J.L. Debré – annonce :
« Nous sommes arrivés au terme de la session ordinaire.

Conformément à la lettre de M. le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement communiquée à l’Assemblée ce soir, la prochaine séance va avoir lieu dans quelques instants pour poursuivre la discussion du projet de loi portant réforme des retraites
.
En application de l’article 28 de la Constitution, je constate la clôture de la session ordinaire de 2002-2003.
La séance est levée.
(La séance est levée à minuit.)

La séance est ouverte.

(La séance est ouverte, le mardi 1er juillet, à zéro heure.)
En application de l’article 29 de la Constitution, je déclare ouverte la session extraordinaire de 2002-2003.

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, après déclaration d’urgence, du projet de loi portant réforme des retraites. »

Voilà pour le protocole !

Mais l’ouverture d’une session extraordinaire, c’est toute une ambiance … surtout quand la séance de nuit dure jusqu’au petit matin ! 

 Aperçus de l’ambiance 

« Pascal T. Vous avez des petits yeux, monsieur le président !
Le président. Pas du tout ! Je me sens en pleine forme ! Et je suis parti pour…
Pascal T. Jusqu’à quelle heure ?
Le président.un certain temps. (Murmures.)
Pascal T. Nous sommes en pleine forme ! (Sourires.) »

« — Le même Pascal T. Passant de l’ombre à la lumière, nous pensons qu’il serait bon d’interrompre pour quelques instants nos travaux, de manière à nous réjouir d’entrer dans un autre monde. (Rires.)
Le président.  Monsieur T., j’aimerais bien que nous nous réjouissions ensemble, mais comme vous avez défendu votre amendement, je trouve qu’il est plus logique d’en poursuivre l’examen. Nous fêterons la session extraordinaire dans quelques instants. »

 «- Denis J. Ce soir, c’est l’UMP qui est la meilleure au ratio des députés ayant résisté à l’appel de Morphée.
– Alain B.
Ah non, c’est faux !
– Un autre député communiste. Monsieur J., le groupe des députés communistes est présent à 25 % et l’UMP à 6 % seulement, si j’ai bien compté.
– Denis J. J’ai parlé de députés résistant à l’appel de Morphée !
Le même député communiste.Si j’ai bien compris, vous êtes en train d’expliquer à nos concitoyens qu’il doit y avoir encore plus de députés communistes et républicains dans cet hémicycle, j’en conviens avec vous.
Le président.  Monsieur D., ne vous faites pas trop d’illusions sur le nombre de personnes qui liront le Journal officiel. »

«  Ne vous faites pas trop d’illusions sur le nombre de personnes qui liront le Journal officiel. » …
… mais alors que dire et que penser de ce citoyen impertinent qui s’est donné la peine de lire les 1500 pages du Compte rendu  du débat relatif aux retraites …
… et qui tente ici même de faire partager à quelques blogueurs,  tout aussi impertinents, les suprises, les coups de coeur – mais aussi les impatiences, les énervements, les coups de blues – qui ont jalonné son parcours ( d’aucuns diraient : « initiatique » !!!) ?

 

j17 ( 1er juillet )
nouveau dérage ( ?) du Premier ministre

 

 La journée – qui avait pourtant bien commencé  va se terminer sur un incident.

J.P.Raffarin, qui avait tenu à marquer le début du débat sur les retraites par une attaque contre le PS (souvenez-vous, il avait accusé les socialistes de préférer leur « parti » à la « patrie » )  récidive … comme s’il voulait indiquer aux socialistes que, non seulement, ils ont perdu sur les retraites, mais que leur sort est sans appel … à moins que, plus prosaïquement, il ne soit, sinon inquiet, du moins énervé par la motion de censure qu’ils ont déposée et qu’ils s’apprêtent à défendre le lendemain.

 « – Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste. Je demande la parole pour un rappel au règlement.
Le président. La parole est à monsieur Ayrault., pour un rappel au règlement.

– Jean-Marc Ayrault.  C’est avec gravité que je souhaite faire ce rappel au règlement. Il y a quelques heures, à Strasbourg, M. Raffarin nous a, de nouveau, gravement insultés. (« Oh ! » sur les bancs de l’UMP.)
Bernard Accoyer, rapporteur. Mais non !
– Jean-Marc Ayrault  Ses propos ont été rapportés par une dépêche de l’Agence France Presse : « La France n’est encore, dans son chemin du paradis, qu’au purgatoire puisqu’il reste des socialistes. « 
Un député UMP. Très bien !
– Jean-Marc Ayrault. Même Le Pen n’avait jamais osé aller aussi loin ! (Applaudissements sur les bancs du PS.)
A ce niveau de répétition, on ne peut plus parler de maladresse ou de dérapage. M. Raffarin, qui ne mérite plus le titre de Premier ministre de la République (Protestations sur les bancs de l’UMP.) – oui, mes chers collègues – a perdu toute raison. Il a jeté l’honneur des socialistes aux chiens (« Oh ! » sur les bancs de l’UMP.) il a injurié l’esprit de la démocratie, (« Oh ! »  sur les mêmes bancs.), il a bafoué toutes les valeurs de tolérance qui font le socle de notre République. Il est indigne, absolument indigne, de la fonction qu’il occupe...
Un autre député UMP.
 Quel cinéma !
– Jean-Marc Ayrault.et dont la légitimité se puise autant dans la capacité d’agir que dans celle de rassembler par-delà les clivages démocratiques de notre nation.
Le même député.  Quel cinéma ! »

Visiblement, les députés UMP ne semblent pas très émus par cet « incident ».

Il n’en va pas de même pour J.L. Debré.
« 
Je me dois, en tant que président de l’Assemblée nationale, de témoigner de sa sincérité, qui est celle d’un vrai républicain.
Dans ce contexte, je crois aussi de mon devoir de président de l’Assemblée nationale, au service de l’institution parlementaire, d’affirmer ici solennellement, devant vous tous, l’estime et la considération que je porte au président A. et à l’ensemble des membres de son groupe.
C’est la raison pour laquelle, mes chers collègues, je souhaite que nos débats continuent dans la plus parfaite sérénité et dans le respect.
 »
(Applaudissements sur tous les bancs.)

Cette mise au point ne suffira pas à faire revenir les députés socialistes sur leur décision de quitter l’hémicycle.

Ils seront suivis peu après par les députés communistes.

Le président décide de lever la séance :
« Mes chers collègues, devant le départ de nos collègues socialistes et la décision de nos collègues communistes, je prends mes responsabilités et vais lever la séance, et nous reprendrons demain matin. »

J18 ( 2 juillet )
çà sent la fin !

 « Requiem » … « marathon » … « course de côte » … « turbo » … il pleut des métaphores sur une Assemblée quelque peu fatiguée … et pressée d’en finir !

« Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous abordons le dernier article de ce projet de loi. A plusieurs reprises, nous avons emprunté au langage cycliste un certain nombre d’expressions. Je dirai donc que, depuis l’article 78, nous sommes proches de la fin de la course, mais avec une arrivée en côte. Nous pouvons dire à présent, à l’horizon de l’article 81 : « Enfin, nous voyons la ligne d’arrivée. » [ Denis Jacquat ]

« Monsieur le ministre, l’article 81, le dernier de ce long marathon, sonne comme un requiem pour nos retraites.
(Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
 Il ne vous plaît pas de l’entendre, et votre réaction est une forme d’aveu ! » [
Jean-Pierre Brard ] 

« Monsieur le Premier ministre, depuis un an la droite que vous dirigez tient seule les rênes du pouvoir.
Et on peut dire que vous avez mis le turbo pour accélérer la déstructuration en profondeur de la société française, afin de la mettre au service des exigences du capital financier
. (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) [Alain Bocquet ]

Dans ce contexte, l’appel à consensus de François Bayrou – « Les accusations perpétuelles d’un camp contre l’autre, nous devrions essayer de les modérer. » – a peu de chances d’être entendu.

S’il en fallait une preuve supplémentaire
( après le « dérapage » de Jean-Pierre Raffarin à propos des socialistes qui préfèreraient leur « parti » à la « patrie » / voir chronique précédente ),
il suffirait de se référer au Compte rendu du jour ( débat sur la motion de censure ) :
lorsque le président du groupe des député-e-s communistes et républicains prend la parole, le Compte rendu indique :
« (De nombreux députés du groupe de l’Union pour un mouvement populaire se lèvent et quittent l’hémicycle. – Protestations sur les bancs du groupe des député-e-s communistes et républicains et du groupe socialiste.) »

… « Les accusations perpétuelles d’un camp contre l’autre, nous devrions essayer de les modérer. »  …
«  On en est loin ! » s’exclame un député socialiste

… «  On en est loin ! » … et pourtant …

… il est au moins une bonne nouvelle en ces jours difficiles : Maxime Gremetz vient d’être grand-père ! …

« — Le président. La parole est à monsieur B.
— Patrick B. En lieu et place de monsieur G., même s’il est irremplaçable et inimitable.
— Le président. Il est remplaçable mais inimitable !
— Patrick B. Remplaçable : la preuve ! Mais j’aurais du mal à l’imiter, et ce n’est pas forcément mon but.
Alain B.
  Maxime G. est grand-père depuis ce soir !
Le président. Vous lui transmettrez toutes les félicitations de l’Assemblée, qui n’est réunie ce soir que pour cela ! » (Sourires.)
[…]
Le président. Je suis saisi de [ toute une série d’] amendements identiques

La parole est à M. Maxime G.

– Maxime G. Les amendements sont défendus, monsieur le président !
– Le président.C’est fantastique ! Si vous pouviez être grand-père tous les soirs, monsieur G. !
(Rires et applaudissements.)